Défis et pistes pour le voyage spatial

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récit en cours Défis et pistes pour le voyage spatial

Message  Eylonn le Sam 2 Déc 2017 - 17:41

Défis et pistes pour le voyage spatial

____Vous écrivez de la SF ? Formidable, on va bien s'entendre. Mais après tout, dans « science-fiction », il y a « science » : vous n’en avez pas marre, de ces écrivains brouillons, qui font voyager sans complexe des vaisseaux plus vite que la lumière, et se contentent de vagues évocations de l’ « hyperespace » ou de quelque chose dans le genre, sans jamais vraiment expliquer de quoi il en retourne ? J’imagine que non, mais moi si. Et si vous avez des lecteurs qui ont un peu de culture et de curiosité scientifique, ils apprécieront une certaine rigueur. Alors allons-y, donnez-moi la main, et partons ensemble pour un grand voyage à travers les lois de l’Univers…

I. Bref rappel de mécanique newtonienne

____On commence par le commencement (et si vous avez de bons souvenirs de votre terminale S, vous pouvez passer au II.). La mécanique newtonienne est un modèle physique qui permet d’expliquer l’immense majorité des phénomènes que nous observons, que ce soit sur Terre ou dans l’espace. Elle ne devient obsolète que dans des conditions extrêmes, où il est alors nécessaire de faire intervenir des modèles plus précis, et beaucoup plus compliqués (la mécanique quantique pour de très petits corps, la relativité restreinte pour des vitesses très élevées, et la relativité générale pour des phénomènes gravitationnels très forts). Ici, on peut donc s’en contenter – du moins dans un premier temps –, parce qu’elle suffit largement à poser le problème et à évoquer ses solutions classiques.
Avant de la présenter, deux mots de cinématique : quand on parle du mouvement d’un point, on ne peut le faire que par rapport à un référentiel donné (par exemple, vous êtes immobiles par rapport à la Terre, mais pas par rapport au soleil). Un référentiel, c’est donc l’association d’un point de référence (par exemple, la Terre, le soleil ou le centre de la galaxie), de trois axes (les fameux x, y et z, qui ont aussi leur importance : par exemple, si le centre de la Terre est votre point de référence, vous pouvez choisir des axes qui pointent vers trois étoiles lointaines – c’est le référentiel géocentrique, dans lequel la Terre tourne – ou bien tout simplement le nord, l’est et le haut – c’est le référentiel terrestre, dans lequel elle est immobile), et d’une horloge. Comme on suppose ici que le temps est universel, vous pouvez oublier l’horloge.

____La mécanique newtonienne repose sur trois principes fondamentaux, appelés les trois lois de Newton :

____- la première loi (aussi appelée principe d’inertie) dit que dans un référentiel dit « galiléen », un corps reste immobile ou en mouvement rectiligne uniforme (il avance tout droit, toujours à la même vitesse) tant qu’il n’est pas soumis à une force quelconque. Par exemple, si vous imaginez un Univers parfaitement vide dans lequel vous lancez une boule de pétanque, elle continuera toujours dans la même direction, sans s’arrêter ni changer de vitesse. Le problème, vous vous en doutez, c’est cette notion de référentiel galiléen, qu’on ne sait pas définir autrement que comme un référentiel dans lequel la 1e loi de Newton est respectée… L’idée, c’est que si un référentiel est galiléen, tous ceux qui sont en translation rectiligne uniforme (ie. qui se déplacent tout droit à vitesse constante) par rapport à lui sont galiléens aussi ; mais dès qu’il y a, par exemple, un mouvement de rotation, des « forces d’inerties » s’ajoutent et la première loi de Newton n’est plus vérifiée. Ainsi, le référentiel terrestre n’est pas vraiment galiléen parce qu’il est en rotation autour du référentiel géocentrique ; qui lui-même n’est pas non plus galiléen, puisqu’il est en rotation autour du référentiel héliocentrique (le soleil) ; mais lui-même est en rotation dans le référentiel galactique, qui tourne lui-même dans autre chose, et ainsi de suite… En fait, nous ne connaissons aucun référentiel vraiment galiléen, et rien ne dit qu’il en existe : ce serait, en quelque sorte, le référentiel universel autour duquel tous les autres tournent. Mais, en gros, cette première loi peut être appliquée à peu près tout le temps, dans un référentiel raisonnable (terrestre pour un humain, géocentrique pour un satellite, héliocentrique pour un voyage dans le système solaire, etc). Retenez donc que même s’il s’agit d’une approximation, ce principe s’applique toujours : lorsque vous n’êtes soumis à aucune force, vous ne bougez pas, ou bien si vous bougez, vous bougez toujours dans la même direction et à la même vitesse.

____- La deuxième loi (ou principe fondamental de la dynamique) généralise la première, et nous intéresse beaucoup plus. Elle dit que la mise en mouvement (pour les plus avancés, la dérivée de la quantité de mouvement, c’est-à-dire la masse du corps multipliée par son accélération) d’un corps est égale à la somme des forces extérieures exercées sur lui (m a = F). Tout est dans le mot « extérieur » : un corps ne peut pas exercer de force sur lui-même. Cependant, une force ou une accélération sont des vecteurs : ils ont une valeur (leur norme) mais également une direction (et un sens). C’est-à-dire que si une force vous attire vers la gauche et si une autre, de même norme, vous attire vers la droite, les deux s’annulent : vous ne bougez pas. Être soumis à des forces qui s’annulent (ce qui vous arrive à chaque instant : votre poids et la réaction du sol, par exemple, s’annulent) équivaut donc à n’être soumis à aucune force, et la première loi s’applique. L’accélération d’un corps dépend donc de deux choses : la somme (vectorielle) des forces extérieures auxquelles il est soumis, et sa masse (qui le ralentit).

____- La troisième loi (ou principe des actions réciproques), enfin, dit que lorsqu’un corps A exerce une force sur un corps B, alors le corps B exerce la même force sur le corps A. Par exemple, la Terre exerce sur vous une force (la force gravitationnelle), mais vous exercez exactement la même sur elle. Si les effets se sentent beaucoup sur vous et beaucoup moins sur elle, c’est parce que la masse de la Terre est énorme, et donc que l’accélération résultante est minuscule, tandis que votre corps se laisse beaucoup plus facilement attirer. Et de toute manière, en temps normal, vous la bloquez avec vos pieds (c’est pas la classe, ça ?).
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Message  Eylonn le Sam 2 Déc 2017 - 17:49

II. Les fusées aujourd’hui

____En voyant la deuxième loi, vous aurez (j’espère) compris une chose : pour qu’un corps se mette en mouvement, il faut une force extérieure. Sur Terre, il est très facile de régler ce problème. Quand on marche, par exemple, on exerce avec notre pied une poussée sur le sol ; et en vertu de la troisième loi de Newton, le sol exerce en réaction une poussée sur nous. Lui, il ne bouge pas, parce que la force de notre pied est trop faible pour entraîner la masse de la Terre ; mais nous, en revanche, nous avons une masse beaucoup plus petite, et nous avançons.

____Quand on nage, on utilise une variante de ce principe : quand on pousse l’eau derrière nous avec nos mains, on suscite également une poussée inverse, mais beaucoup plus faible (la majorité de la force exercée n’est pas communiquée à l’eau, mais sert à déplacer le bras). En revanche, on déplace de l’eau vers l’arrière, ce qui permet de créer une surpression derrière et une sous-pression devant : notre corps est en fait aspiré…

____Les oiseaux arrivent à utiliser ce principe en-dehors de l’eau, grâce à leurs ailes qui sont beaucoup adaptées pour « appuyer » sur l’air. Cet outillage est encore plus développé par les avions et autres hélicoptères, à grand renforts d’hélices et de tout ce qui va permettre de déplacer l’air de l’avant de la carlingue à l’arrière, et du haut vers le bas.

____Mais voilà, problème : dans l’espace, il n’y a rien. Ou, disons, pratiquement rien : on estime qu’en moyenne (et donc en comptant les planètes), l’Univers contient actuellement un atome par mètre cube. Même avec des ailes monstrueuses, pas moyen de s’appuyer là-dessus… Et là, Newton est formel : s’il n’y a pas de force extérieure à disposition, rien à faire, votre système ne bougera pas. N’essayez pas de me sortir, comme on a déjà voulu me le faire, une histoire de vaisseau attiré par un aimant accroché à une sorte de perche tendue devant lui : si vous considérez le système {vaisseau + perche + aimant}, il n’est attiré ni repoussé par rien, donc il ne bouge pas. Point barre. Et si vous voulez absolument réfléchir morceaux par morceaux, eh bien c’est la troisième loi qui intervient : votre vaisseau est effectivement attiré par l’aimant, mais c’est avec exactement la même force que l’aimant est attiré par le vaisseau ; et donc, le tout s’annule.

____Mais figurez-vous que les physiciens ont trouvé un moyen de tricher. Et devinez ce sur quoi ils ont copié ? Les ballons de baudruche. Eh oui, vous ne l’aviez pas vue venir celle-là : le ballon de baudruche, quand vous le lâchez après l’avoir gonflé et sans avoir fait de nœud, il arrive bien à se déplacer tout seul… et pour cela, il n’a pas besoin de s’appuyer sur quoi que ce soit. Alors comment fait-il ? Eh bien, il ne bouge pas. Catégorique : votre système de départ, à savoir {le ballon + l’air qu’il contenait}, n’a pas bougé d’un poil. Et ce, parce que la position d’un corps, en physique, ce n’est jamais que la position du centre de gravité… et que lorsqu’on calcule le centre de gravité de votre ballon, parti d’un côté, et de tout l’air qu’il a laissé s’éparpiller de l’autre côté, il se trouve précisément au point de départ de l’un et de l’autre.

____Bon, ce n’est pas tout à fait vrai, parce qu’une fois que ces deux corps sont en mouvement chacun de leur côté, des forces vont apparaître : les frottements de l’air, puis la réaction des solides sur lesquels ils vont rebondir… mais au moment où le ballon laisse échapper l’air qu’il contient, la quantité de mouvement de l’ensemble ne bouge pas : celle qui apparaît chez le ballon est l’exacte opposée de celle qui se crée dans l’air relâché.

____On pourrait citer d’autres exemples : c’est ce qui explique, par exemple, l’effet de recul lorsque Nabilla tire avec une arme à feu. La balle, très légère, part avec une vitesse très élevée vers l’avant, tandis que l’arme à feu, plus lourde, se voit communiquer une vitesse (heureusement) (ou malheureusement, d’ailleurs) plus faible ; mais la quantité de mouvement (égale, rappelons-le, à la masse multipliée par le vecteur vitesse) de l’une est exactement l’opposé de celle de l’autre. Vous pouvez, aussi, en faire l’expérience en vous mettant au milieu d’une piscine, sur une bouée ou un matelas, et en jetant un objet suffisamment lourd le plus loin possible : vous serez, en compensation, déplacé dans l’autre sens.

____Voilà donc l’unique moyen de faire bouger un objet dans l’espace : sacrifier une partie de sa masse, jetée par derrière, avec la vitesse la plus forte possible. Évidemment, il n’est pas possible d’emporter des masses énormes pour les jeter derrière soi jusqu’à arriver à destination : elles représenteraient une surcharge terrible tant que vous ne vous en seriez pas débarrassé… Il faut donc que cette masse rejetée soit la plus faible possible ; donc, qu’elle soit éjectée avec une vitesse énorme, bien supérieure à celle du vaisseau lui-même (par exemple, en éjectant un centième de votre masse, vous devez lui communiquer cent fois la vitesse que vous souhaitez gagnez…). Pour cela, nos ingénieurs utilisent des ergols : une sorte de carburant extrêmement puissant qui, lors de sa combustion, explose du feu de Dieu. Comme cela se passe dans une toute petite cavité, on atteint en une fraction de seconde une pression inimaginable ; et les valves étant ouvertes quasi-immédiatement, les ergols s’échappent à une vitesse effectivement très impressionnante. En réalisant ce cycle en boucle, un peu comme dans un moteur de voiture, en rejetant un tout petit peu d’ergol à chaque fois, on obtient une accélération plus que respectable. Et finalement, une fois la fusée arrachée à la gravité terrestre et une fois la vitesse voulue atteinte, il n’y a plus grand-chose à faire : une fois que vous êtes dans le vide sidéral, il n’y a plus d’air pour vous ralentir. Au final, dans les trajets qu’on fait actuellement, les ergols ne sont utilisés qu’au début, pour atteindre la vitesse voulue, à la fin, pour ralentir, et éventuellement en cours de route, mais seulement pour tourner. Pour un voyage vraiment long, en revanche, on peut imaginer que les obstacles rencontrés en cours de route (nuages de gaz…) parviennent tout de même à ralentir votre vaisseau : il faudra alors, de temps en temps, remettre une petite poussée pour revenir à la bonne vitesse. Et comme vous vous en doutez, ces ergols sont extrêmement coûteux, et à la longue, très encombrants… surtout s’il faut envisager un retour.
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Message  Eylonn le Sam 2 Déc 2017 - 17:52

III. D’autres moyens de propulsion ?

____Dans l’état actuel des choses, la propulsion par ergols n’est pas exactement le seul moyen envisageable. Pour des trajets très, très longs, certains physiciens envisagent d’utiliser tout de même les quelques particules qui circulent dans l’espace pour avancer, aussi ridicules qu’elles puissent être. C’est le principe de la voile solaire : un énorme panneau, conçue dans un matériau qu’on n’est pas prêts de découvrir, qui arrive à bloquer toutes les particules qui passent pour être poussé par elles. Après tout, l’idée n’est pas si bête : si l’espace est vide en temps normal, il est tout de même traversé assez régulièrement par les vents solaires, ces flots de particules en tous genres que les étoiles crachent lors de leurs sautes d’humeur continues. Et ces vents solaires, pour le coup, s’ils ne représentent pas des masses démentielles, sont émis avec une vitesse très importante.

____Il n’en reste pas moins que la quantité de particules à capter est absolument infime : c’est comme si vous vouliez faire le tour du monde en soufflant sur la voile de votre bateau. Mais, comme on l’a dit tout à l’heure, un vaisseau dans le vide n’est qu’infiniment peu ralenti, donc sur un très long trajet, votre voile peut sans doute compenser cela, et vous faire économiser un peu d’ergols. En revanche, il n’y a physiquement aucune chance qu’elle vous donne une accélération perceptible : ne comptez pas sur elle pour atteindre les vitesses pour lesquelles les ergols sont impuissants… Bref, pour résumer, la voile solaire ne peut être qu’un petit plus pour aider votre vaisseau à avancer. Mais comme c’est quand même vachement classe comme concept…

____Tant qu’on est là, j’en profite aussi pour parler de l’utilisation de la gravité, parce que c’est un truc à maîtriser : vous l’aurez noté, quoi qu’il arrive, il y a toujours des forces extérieures qui s’appliquent à votre vaisseau, à savoir la gravité générée par les astres à côté desquels il passe. C’est important de garder ça en tête, parce que déjà aujourd’hui, ça entre pleinement dans tous les calculs, avec des utilisations parfois très poussées : par exemple, si pour une raison quelconque une sonde doit faire demi-tour, elle utilise toujours une planète ou un autre corps céleste pour ça. Imaginez : votre sonde va très vite, et a dépensé beaucoup d’énergie pour atteindre cette vitesse. Si vous voulez faire demi-tour, par défaut, il faut donc dépenser encore plein d’énergie pour freiner, et autant pour reprendre la même vitesse qu’avant, dans l’autre sens. Alors, l’astuce est de frôler une planète, de façon à vous mettre en orbite : vous conservez votre vitesse, mais l’attraction de la planète vous fait tourner autour d’elle, jusqu’à ce que vous vous retrouviez dans l’autre sens ; et là, il suffit d’une petite poussée pour vous arracher de cette orbite et pour repartir vers là d’où vous êtes venu.

____Mais il y a mieux : par exemple, utiliser la gravité des corps célestes pour piquer leur vitesse. Par exemple, quand on envoie une sonde dans l’espace, on se sert souvent de la lune comme catapulte : on la fait passer dans son champ de pesanteur, et alors pendant quelques temps, on laisse la lune « tirer » la sonde derrière elle, pour lui communiquer de la vitesse. Reste à fournir une nouvelle petite poussée dans la bonne direction pour échapper à la pesanteur de la lune, et le tour est joué : si la lune va dans la bonne direction, ça permet d’économiser un chouïa de carburant. Alors, pourquoi pas, on peut imaginer que dans un futur proche cette utilisation du champ gravitationnel dans lequel baigne l’univers soit utilisée au maximum, et que votre vaisseau passe maître dans l’art de « surfer » sur lui, comme un skieur émérite qui arrive toujours à chopper la meilleure pente et la meilleure neige, et donc pour qui la voie la plus rapide n’est pas du tout la ligne droite…
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Message  Eylonn le Sam 2 Déc 2017 - 18:01

IV. La vitesse de la lumière, et comment elle nous méprise

____Maintenant que vous êtes des pros de la mécanique newtonienne, j’ai une révélation à vous faire : elle est fausse. Plus sérieusement, comme tout modèle scientifique (qu’il soit physique, biologique, sociologique, économique, …), c’est une forme d’approximation, et il y a toujours des cas limites dans lesquels il faut invoquer d’autres modèles plus sophistiqués. Ces cas limites, ce sont, d’une part, les corps extrêmement petits, et notamment les particules élémentaires (où il faut alors faire intervenir la mécanique quantique), et d’autre part, les vitesses et les forces extrêmement élevées : c’est le cas auquel on se retrouve confrontés, et il faut alors faire intervenir la mécanique relativiste. Chez Newton, tout est linéaire : vous communiquez de l’énergie à un corps, ça augmente sa vitesse, et ainsi de suite, et vous pouvez en théorie faire atteindre n’importe quelle vitesse à un corps. Malheureusement, dans les faits, ça ne marche pas comme ça : il y a bien une vitesse limite, la fameuse et terrible célérité de la lumière.

____La première explication, la plus simple, est celle de la relativité restreinte, dont on donne un premier aperçu en Terminale S. Le principe, c’est qu’il existe une vitesse, notée C = 300 000 000 m/s, qui est la même dans tout référentiel : si, par exemple, vous êtes sur Terre et que vous mesurez la vitesse de la lumière émanant du soleil, vous trouverez exactement C ; mais si vous êtes dans un vaisseau qui s’éloigne du soleil à toute vitesse… vous trouverez aussi exactement C. Imaginez : quand vous êtes dans un train en marche et que vous marchez vers l’avant du train, vous avez évidemment une vitesse différente pour un observateur assis dans le train et pour un autre sur le quai. Eh bien, pas si vous allez à la vitesse C ! Une seule explication : le temps ne s’écoule pas à la même vitesse pour les deux observateurs. Ça paraît parfaitement absurde, mais historiquement, ce phénomène a vraiment été observé, et c’est de là que sont partis les travaux qui ont abouti à la relativité restreinte.

____À partir de là, plein de calculs compliqués montre cette formule magique : si le train va à la vitesse V, alors un événement qui prend un temps T dans le référentiel du train prendra dans celui du quai le temps : T’ = T / sqrt(1 – V²/C²) (où sqrt(x) est la racine carrée de x, j’ai pas mieux pour noter ça ici). Un temps plus long, donc : quand vous voyagez à grande vitesse, le temps s’écoule moins vite que pour l’observateur extérieur ; c’est le principe de ralentissement des horloges en mouvement. Et là, c’est le drame : V ne peut tout simplement pas atteindre C, sinon on aurait une division par 0, et tout bon matheux vous dira que ça n’a pas de sens (sauf… non, le matheux qui est en moi va continuer à se taire, ça vaut mieux pour tout le monde). Pour plus de détail : si vous étudiez la formule en profondeur, vous vous rendrez compte que lorsque V approche de C, T’ tend vers l’infini (j’ai pas la place pour un cours sur les limites, mais je suppose que tout le monde comprend grosso modo ce que ça veut dire). Autrement dit, si un corps pouvait atteindre la vitesse C, le temps ralentirait pour lui à l’infini… et ne s’écoulerait plus du tout. C’est ce qui se passe avec la lumière elle-même : le photon n’a aucune temporalité, il n’évolue pas, ne « vieillit » pas, il est hors du temps. Ce qui veut également dire qu’il a toujours été à cette vitesse-là, et qu’il y sera toujours : s’il est possible d’aller à la vitesse de la lumière, il n’est pas possible de l’ « atteindre », ni de la « quitter ». Quant à aller plus vite qu’elle, alors là… reprenez la formule, et vous vous rendrez compte que ce n’est même plus un problème de division par 0, mais carrément de racine carrée d’un nombre négatif, et là, l’argument physicien du « ouais, mais 1/0 des fois on peut aussi dire que ça fait l’infini » ne marche même plus (les matheux pour deux sous pourront toujours essayer de faire intervenir des nombres complexes là-dedans, je vous souhaite bien du courage).

____Bon, ce paragraphe était sans doute un peu dégueu si vous avez une allergie à la racine carrée. Si déjà vous avez compris l’histoire d’invariance de C par référentiel, on peut développer une vision alternative qui me plaît bien : imaginons que, dans votre vaisseau, vous essayez de faire la course avec un rayon de lumière qui passe à côté de vous. Au départ, votre vitesse par rapport à votre planète de départ est nulle ; mais le rayon, lui, va déjà à la vitesse C. Alors, vous forcez un gros coup, vous envoyez tout ce que vos ergols ont dans le ventre… et là, vous regardez la vitesse du rayon par rapport à vous : encore C. Quoi que vous fassiez, quelle que soit l’énergie que vous dépensiez, la lumière avance toujours à 300 000 000 m/s de plus que vous ; et pour la rattraper, il faudrait une énergie infinie… ou une masse nulle : si vous repensez newtonien deux secondes, vous vous rendrez compte qu’avec une masse nulle, une force nulle suffit à vous faire atteindre n’importe quelle vitesse, et c’est d’ailleurs le cas du photon. Mais sans vouloir être vexant, aucun régime au monde ne peut vous faire arriver là.

Mais dans tout ça, je n’ai parlé que de relativité restreinte : la relativité générale, qui explique entre autres que la gravité n’a rien à voir avec une force au sens newtonien du terme, que l’énergie et la masse elle-même dépendent de la vitesse, bref, qui détruit vos derniers espoirs, pousse tout ce bon délire au plus haut point. En ce qui concerne la vitesse de la lumière, elle en fait carrément la vitesse de propagation de la nature même de l’univers : si, par exemple, le soleil disparaissait brutalement, la Terre serait encore attirée dans sa direction pendant huit minutes – le temps que met la lumière à voyager de l’un à l’autre. Bref, ce n’est même plus une histoire de corps, de masse, d’énergie ou même de temps : aucune information, rien, ne peut aller plus vite que la lumière. Ce serait une contradiction, une absurdité, un non-sens ; pour un logicien, ce serait même la preuve que l’univers n’existe pas. Et tout ça inclut aussi tout ce qui est téléportation et compagnie qui, par nature même de l’univers, ne peut pas être instantanée.

____Sauf, bien sûr, à lire la suite de cette fiche…

____Juste pour conclure cette partie : il reste tout de même, en partant dans le très étrange, une solution théorique pour atteindre la vitesse de la lumière – mais pas la dépasser. En mécanique relativiste, les formes d’énergie sont interchangeables : ainsi, la masse, qui en fait partie, peut être convertie en autre chose. C’est ce qui se passe par exemple dans le cadre d’une réaction nucléaire : un atome instable se casse en deux, mais la somme des masses des deux morceaux ne fait pas exactement la masse de l’atome de départ. Le reste part sous forme de radiations (donc entre autres de lumière, ou d’ultraviolets, ou de micro-ondes, ou de rayons X, ou de rayons gamma… tout cela étant, physiquement, à peu près la même chose), avec une énergie suffisamment forte pour cramer les Nord-Coréens qui se trouvent là. Donc, peut-on imaginer se transformer en lumière pour voyager avec sa vitesse ?
Théoriquement, pourquoi pas. Après, de là à vous faire revenir à votre forme originelle de l’autre côté, euh, comment vous dire… si vous n’êtes plus que de la lumière, il n’y a même plus de raison que vous conteniez encore les informations qui permettent de savoir à quoi vous ressembliez avant. Ça ne paraît donc pas très sérieux.

____Plus terre-à-terre : aucun corps doué de masse ne peut se déplacer aussi vite que la lumière, mais une information (par exemple, justement, sous forme de lumière) le peut. Il est donc théoriquement possible de vous « faxer » : faire un scan complet, qui enregistre la position de chaque atome, chaque particule de votre corps, qui envoie ce « plan » par un signal radio, lumineux ou quoi que ce soit qui voyage à la vitesse de la lumière, sur la planète de votre choix, pour vous « imprimer » de l’autre côté. Théoriquement, tout ce qui vous constitue, y compris psychologiquement, est un agencement particulier de molécules et de connexions neuronales, donc vous pouvez être reconstitué tel quel. Reste à se débarrasser de votre corps originel – et là, vous pouvez toujours le transformer en lumière si ça vous chante.

____Évidemment, inutile de vous dire que cette technologie est largement hors de notre portée avant très longtemps. Et elle ne résout pas tellement le problème, d’un point de vue théorique du moins : tant que vous trouvez une source d’énergie assez puissante (ce dont nous sommes pour l’instant bien incapables, mais qui sait ?), rien ne vous empêche d’aller, par exemple, à 99,9% de la vitesse de la lumière… et alors, l’atteindre apparaît soudain comme un luxe un peu inutile. Si vous utilisez cette stratégie du « fax » dans votre roman, cela vous dispense donc de trouver les sources d’énergie démentielles qui seraient nécessaires pour atteindre de telles vitesses… mais vous n’avez toujours pas de solution pour aller encore plus vite. À titre d’information, Alpha du Centaure (ou Proxima du Centaure), l’étoile la plus proche de nous, est déjà à 4 années-lumière, c’est-à-dire que la lumière met 4 ans pour aller de nous à elle ou d’elle à nous. Vous imaginez donc bien que même avec de telles technologies, cette limite est très contraignante pour voyager dans toute une galaxie…

____Donc ? Des solutions ? La suite au prochain épisode...
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