[Combat] Ecrire une scène de combat médiéval

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Message  La Boiteuse le Mar 9 Juil 2019 - 23:02

ÉCRIRE UNE SCÈNE DE COMBAT (MÉDIÉVAL/MED-FAN)


Dur, dur comme sujet. Je ne vais pas vous livrer un guide exhaustif du combat « médiéval » (même l'appellation ne veut rien dire si on parle sérieusement), mais quelques pistes que j'ai acquises grâce à mon expérience personnelle. Comme je n'ai pas la science infuse et qu'il vaut mieux parler de ce qu'on connaît, j'aborderai le sujet sous un angle restreint, le combat à l'épée, dans un contexte qu'on pourrait qualifier d'inspiré par la fin du moyen-âge européen. Je précise que je n'ai aucune espèce de qualification dans le domaine de l'écriture, je ne suis pas coach ni prof ni écrivain, et les conseils que je me permets de donner sont seulement des trucs que j'ai glanés au fil de mes lectures et des critiques que l'on a prit le temps de me faire, il y a longtemps. Aussi, ce que je vais dire dans ma première partie ne va s'adresser qu'à des plus novices encore que moi.

Je découperai cette fiche en deux grandes parties : une partie sur l'écriture en elle-même (qui peuvent s'appliquer à tout type de combat), et une autre sur des connaissances spécifiques sur le combat à l'épée XIVeme et XVeme siècle.


Dernière édition par La Boiteuse le Mar 9 Juil 2019 - 23:33, édité 1 fois
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Message  La Boiteuse le Mar 9 Juil 2019 - 23:22

Écrire sa scène de combat : conseils de rédaction

A) Gérer la temporalité de l'écriture

Un conseil basique, qui s'adresse surtout à des débutants en écriture, et qui peut être résumé en un principe simple (simpliste ?) : phrase courte, temps court et phrase longue, temps long. Il faut essayer de faire coïncider l'action avec sa description, pour laisser chez le lecteur une impression précise. Pour une même suite d'actions, la façon de les mettre en mots impacte le ressenti du lecteur.

Exemple:

Les deux combattants se faisaient face, se toisant en chien de faïence au milieu de la cour ; Thibault redressa son épée, une lame splendide, exécutée avec finesse par le maître forgeron du château, et alors que le soleil de midi faisait resplendir l'acier de damas, les deux jeunes adversaires venaient avec promptitude croiser le fer. La croisée des lames, qui pointaient chacune vers la gorge de l'ennemi, laissaient aux combattants le temps de jauger la force l'un de l'autre, jusqu'à ce qu'Aliénor se dégage afin de diriger un estoc dangereux vers la gorge de son cousin qui, surprit, n'eut que le temps de ramener vers lui ses bras musclés dans l'objectif de dévier le coup par une couverture haute. Depuis cette position, le garçon, longuement éprouvé par les séances de duels avec son maître d'arme, le vieux et sage René, eut l'occasion de revenir rapidement en couronné par sa dextre et ainsi de frapper Aliénor à la tête ; celle-ci, bien que protégée par un casque, en fut sonnée et Thibault en profita pour venir au corps à corps et désarmer la jeune fille en lui tordant le bras en arrière.

Les deux combattants se faisaient face, se toisant en chien de faïence au milieu de la cour. Thibault redressa son épée, une lame splendide exécutée avec finesse par le maître forgeron du château, pour se placer en garde. Dans un fracas soudain ils vinrent à la croisée. Aliénor poussa du fort pour faire reculer son cousin. Aussi vive qu'un chat, elle fit basculer son poids et se fendit en estoc ! Estoc dévié de justesse par une coverta maîtrisée, que Thibault transforma en un formidable couronné à la tête, avant de se jeter sur la jeune fille étourdie et de la désarmer d'un tour de bras.

Dans ces deux exemples, on retrouve la même suite d'actions, pourtant le deuxième rend davantage une impression de rapidité et de violence tandis que le premier va prendre le temps de poser du décor, des éléments de background, au détriment de la violence du combat.

Pour avoir un effet optimal, le mieux est de mélanger des temps longs, avec des descriptions et des phrases élaborées, avec des temps très courts, qui viennent casser le rythme. On peut même jouer de ça en combat IRL : un long temps d'observation, de jauge, de jeux de fer, et puis BAM une attaque plus rapide que les précédentes pour surprendre l'adversaire. L'intérêt en écriture est de réveiller le lecteur, comme si on venait lui sonner du cor de chasse au milieu d'un concert de Debussy.

B) Mobiliser les 5 sens

Comme partout, comme toujours, pour toutes les descriptions, n'oubliez pas que vos personnages (et le lecteur) disposent d'un panel de sens pour appréhender leur environnement. 5, si tout va bien. Toucher, vue, ouïe, odorat, goût.

Dans un combat, il est important pour immerger le lecteur de ne pas se focaliser uniquement sur les actions « visibles », c'est à dire les types de coups, de parade, comment ils se positionnent, etc. N'oubliez pas de mentionner le bruit des armes (l'acier/le fer, ça fait un boucan de fou quand ça se tape dessus) et des combattants (qui peuvent crier, souffler, ahaner, grogner...) !

Pour donner un côté sensoriel à votre récit, vous pouvez parler de la moiteur des gants, ou de la lourdeur d'une armure ; vous pouvez parler de l'odeur de la sueur, du sang, ou alors celles dégagées par le lieu de combat (Forêt ? Jardin fleuri ? Taverne poisseuse ? Ruelle mal famée?). N'oubliez pas la douleur de recevoir un coup ; le goût de la transpiration sur ses lèvres, ou du sang, celui de la bile, ou bien de la poussière qu'on inspire.

C) Gérer la fatigue

On a tendance à l'oublier, en écrivant dans son fauteuil, mais taper des gens, ça fatigue. MERCI CE SERA TOUT POUR MOI. Bon, je me la joue captain obvious, mais sincèrement pensez à la résistance physique de vos personnages, qui va varier selon plusieurs critères : son âge, son expérience/entraînement, son équipement (on s'essouffle vachement plus vite en armure qu'en soutif, il faut le dire).

Faites-là donc monter petit à petit à travers votre scène d'action, en commençant par mentionner le souffle court et les halètements, puis les muscles qui chauffent, qui tirent, les bras qui deviennent lourds, le cœur qui s'emballe, les tempes qui battent, la transpiration qui se déverse joyeusement par tous les pores de votre héros… Distillez les signaux faibles tout au long votre texte, discrètement, entre deux actions, et quand votre personnage arrive à un état conséquent de fatigue, vous pouvez mettre la dose à mesure qu'il faiblit.

J'y reviendrai plus tard, mais mettons fin à un mythe dès maintenant (bon le mythe est déjà bien débunké depuis quelques années, mais ça ne mange pas de pain d'en rajouter une couche) : une épée de chevalier, c'est en moyenne 1,5 à 2 kg. Et l'armure XIVeme siècle c'est pas 250 kg, mais à peu près 35kg. Il n'en reste pas moins que c'est du poids à porter, hein, je ne dis pas !

D) La laine des métaphores, c'est nous qui la filainent…

Filer des métaphores, c'est un super moyen de rendre une scène de combat (et pas que) intéressante pour le lecteur. Un exemple classique et facile d'emploi, c'est d'animaliser le combat : l'acier ne tinte pas, il feule ou rugit, les escrimeurs ont des dards, des griffes, il cabrent, bondissent, se ramassent, montrent les dents, glapissent, les armées sont des hardes, des essaims, des meutes…

Garder un thème à travers le combat, ça peut être chouette aussi. Si vous avec introduit que la bataille a lieu sous le soleil de midi, n'oubliez pas cette donnée au fil du combat : jouez avec. Mobilisez du vocabulaire sur la lumière et la chaleur (l'acier réfléchit le jour, des coups sont des éclairs, untel est éblouit, les blessures brûlent...). Pareil s'il fait froid, le mordant des épées peut répondre à celui du vent.

Jouez des assonances ! Des épées ça fait « schling schling ! », ça siffle, ça souffle, ça sinue, ça serpente. Des coups ça fait « crac ! » sur les casques dans un fracas incroyable, ça casse, ça craque, ça crie, c'est brutal. Ne lésinez par sur les sons durs, en « p »,« t », « k » et « kr ».

E) S'inspirer en vidéo

Essentiel quand on n'a pas le loisir de pratiquer le combat en armure dans sa chambre de bonne. Ça donne des idées, et un canevas bien rythmé sur lequel broder. Il y a évidemment les classiques scènes de films, mais si elles sont souvent jolies, elles sont rarement exactes d'un point de vue martial. Pour celleux qui s'intéressent aux arts martiaux historiques européens, je vous conseille de vous plonger dans des vidéos d'AMHE. L'anglais HEMA fonctionne mieux dans la barre de recherche, sachant que la francophonie a un certain retard dans la grosbillisation de cette pratique sportive.

Mais dis donc Jamie, c'est quoi des AMHE ?:
Les AMHE sont une pratique à la croisée entre reconstitution du geste historique et sport, et regroupent toute sortes d'arts martiaux européens qui ont connu une rupture dans leur pratique (c'est à dire qui ont disparu), et que l'on redécouvre par le biais de traités écrits par les maîtres d'armes et/ou de l'archéologie expérimentale. Par exemple : l'épée longue, l'épée-bocle, l'épée-bouclier, la dague, certaines formes de lutte, la canne de combat...etc.



Allez absolument et de toute urgence voir le travail de cette troupe, c'est magnifique, c'est propre et (au moins pour l'épée longue) c'est vraiment "accurate", on retrouve les techniques dans les traités ! Consommez toutes leurs vidéos !



Vieille vidéo, mais qui est franchement cool en terme de : qu'est-ce que Hubert peut faire en étant revêtu de sa plus belle boite de conserve ?



Pour les plus motivés, je conseille de regarder des vidéos de duels AMHE, qui peuvent être très instructifs. En cherchant, vous trouverez aussi beaucoup de vidéos "tutos techniques" avec des pièces interprétées ! Je vous livre une autre vidéo de Martin Fabian sur un coup allemand qui envoie du lourd :

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