Figures de style

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Figures de style

Message  C. Kean le Dim 26 Juin 2011 - 20:31

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Les figures de style

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______> Introduction :

Qu'est-ce exactement qu'une figure de style ? Voilà une question qui entraine de nombreux bafouillages approximatifs lorsqu'elle est posée. Et voici la définition qui vous fera briller en société : une figure de style c'est un procédé de style considéré comme un indice de littérarité, de la volonté d'écrire ou de parler de manière littéraire. C'est un ornement du discours. Le critère permettant de repérer la figure est la notion d'écart (par rapport au langage ordinaire). Cette définition s'appuyant sur la distinction entre les deux niveaux de langage : l'informatif et le littéraire.
L'usage de figure de style peut aussi avoir une fonction herméneutique, euristique, c'est à dire la volonté de révéler une vérité que le langage ordinaire n'est pas en mesure de révéler (symbolisme : fabriquer un langage qui par des ressources figurées va permettre d'envisager le monde autrement). La figure n'est plus ici ornement mais c'est un langage autre qui permet de décrypter les mystères du monde.  

Ici, avec cette fiche, il s'agira de faire un rapide tour d'horizon des figures de style les plus saillantes. C'est donc une liste non-exhaustive (si vous saviez combien il existe de figures de style aux noms barbares, c'est à faire palire un étudiant en pharmacologie) avec un classement simplifié. Je ne vous parlerai pas ici de figures macrostructurale, dont la compréhension dépend entièrement du contexte ; ou microstructurale qui porte sur un mot ou un constituant précis que l'on ne peut pas modifier sans abolir la figure, mais qui peut être sensible et autonome hors contexte. Sachez juste que c'est une autre approche.
Pour ceux qui veulent en savoir plus, je vous conseille Initiation à la Stylistique (aux éditions Hachette supérieur) de Nicolas Laurent.

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______> Figures d'analogie :


Allégorie : Figuration d'une idée abstraite (tel la Mort, l'Amour, la Patrie, le Destin) par une image, une situation, ou un personnage.
Ex : Le loup et l'agneau. Le loup est l'allégorie de ''la raison du plus fort''.
→ Permet de développer une dimension/un jeu symbolique de façon saillante.  

Comparaison : Mise en relation d'un objets, d'une circonstance, d'une propriété ou d'un concept (le comparé) avec un autre élément (le comparant) de terme introduisant l'analogie (comme, tel, semblable à, etc.).
Ex : Des cheveux blonds tel les blés. Il mourra comme son père.
→ Permet d'affiner et de diversifier la description. D'appuyer un argument par un exemple.

Métaphore : Dans les termes les plus grossier, c'est une comparaison sans locution comparative (Cet enfant est sage comme un ange => Cet enfant est un ange). Soit, on remplace finalement un terme par un autre. Ange devient l'image du caractère calme de l'enfant. A plus haut niveau, on va parler de métaphore filée
Ex: L'albatros de Baudelaire. Le développement de cette image se poursuit alors dans tout le texte (l'albatros/le poète).
→ Ces mises en relation permettent l'exposition d'une imagerie (sous entendue commune entre l'auteur et le lecteur) qui, au delà de l'aspect purement poétique de la manœuvre, se révèle au même titre que la comparaison une arme verbale. La dimension symbolique est ici encore présente.

Personnification : C'est l'attribution à un animal, à un objet inanimé ou à un concept abstrait de propriétés humaines.
Ex : ''Avec quelle rigueur, Destin, tu me poursuis !'' (Racine).
→ Très pratique pour faire de vos personnages de grosse victime de la life.

Prosopopée : Il est marrant ce mot. La prosopopée s'apparente à la personnification, elle en est un allongement. C'est le fait d'attribuer un discours à un absent, un mort, ou bien à un animal, objet ou concept par extension de personnification.
Ex :  L'horloge de Baudelaire, qui prend la parole pour nous dire le temps nous est compté.



______> Figures d'amplification :


Gradation : Succession de termes ou d'idée. Plus souvent dans un ordre ascendant, mais pouvant être également descendante (''diminuendo'' comme disait Proust).
Ex ascendant : « Je me meurs, je suis mort, je suis enterré ! » (Molière).
Ex descendant : Elle est ravie, heureuse, contente.
→ Permet d'exprimer l'intensité d'une émotion, d'une situation. De jouer sur son importance (si c'est une gradation descendante, expression d'une ironie ?)

Hyperbole : Figure d'exagération, soulignant un fait ou une pensée par une expression qui la dépasse.
Ex : Il courre plus vite que l'éclair. C'est superbement beau.
→ Renforcement de l'idée assez évident.



______> Figures d'atténuation :


Euphémisme : L’euphémisme est une figure très connue qui consiste à remplacer une expression littérale (idée désagréable, triste, amère) par une forme atténuée, adoucie.
Ex : Personnes âgées (pour ne pas dire « vieux »), handicapé mentale (pour ne pas dire « fou »).
→ Volonté d'inhiber, d'éviter un tabou, d'adoucir la sentence.

Litote : Comme l'euphémisme, il s'agit de remplacer une formulation par une autre. Souvent en niant ce que l'on souhaite exprimer, ou en utilisant la négation.
Ex : « Va, je ne te hais point » (Je t'aime). Corneille.
→ La litote est donc compréhensible principalement grâce au contexte.



______> Figures de construction :


Anacoluthe : Entre figure de style et erreur, l'anacoluthe est une fracture dans la syntaxe. C'est à dire vous partez sur une idée, puis vu finissez à côté de vos bottes.
Ex : « Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, la face du monde aurait changé » (Pascal). Il aurait été plus logique de dire : « aurait changé la face du monde » en gardant « le nez » comme sujet.
→ Effet de surprise ? J'avoue que si quelqu'un sait quel est l'intérêt de l'anacoluthe...

Analepse : Il s'agit de ce que la plupart des gens appellent maintenant flash-back. Il s'agit de la rupture de la chronologie du récit pour revenir sur un détail ou une scène entière, antérieur au présent de narration.
→ Permet d'exprimer le passé, de l'expliquer à travers une scène narrative rétrospective, une conversation, une lettre, un rêve...

Anaphore : Il s'agit de la répétition en début de vers, de phrase, ou de composition plus longue d'un même mot, ou d'un même syntagme.
Ex :  La lettre « J'accuse » de Zola.  
→ Offre une forme d'incantation, de provocation, apostrophe, l'urgence...
[Également figure d'insistance]

Asyndète : C'est l'enchainement de plusieurs mots ou syntagmes sans mot de liaison. Soit en terme grammaticaux : la juxtaposition de ce qui devrait être coordonné. Je vous sens décrocher ~
Ex: Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu. « Le poison me consume, ma force m'abandonne, la plume me tombe des mains » (Montesquieu)
→ Effet de vitesse, de gradation, intensification de l'émotion.

Polysyndète : C'est le contraire de l'asyndète. C'est à dire une surabondance de conjonction de coordination.
Ex : J'ai faim et j'ai froid, et j'ai soif, et j'aimerais boire du thé.
→ Effet contraire de l'asyndète, on observe un ralentissement et une lecture cassante, haletante.

Ellipse : Il s'agit de l'omission volontaire d'un élément du récit. Elle peut être grammaticale comme narrative. Grammaticalement, elle se traduira par l'absence d'une phrase pourtant appelée par la syntaxe.
Ex : « Je l'ai vu. Coup de foudre réciproque ».
Plus simplement, l'ellipse narrative consiste à taire les parties du récit qui ne nous intéressent pas. Ainsi de longues périodes peuvent se retrouver réduite à une phrase.
Ex : Il voyagea durant deux semaines avant d'atteindre la mer.

Parallélisme : Analogie de deux éléments (vers, strophe, phrase) par la répétition de structures identiques.
Ex:  « Dieu aima les oiseaux et inventa les arbres /L’homme aima les oiseaux et inventa les cages. » (J. Deval).
→ Pour dégager une idée précise, en appuyant à la fois sur la similitude et sur la différence de deux éléments (soit pour en accentuer la ressemblance, soit la différence, dépendamment de ce que souhaite faire ressortir l'auteur).
[Également figure d'insistance]

Chiasme : Procédé de répétition et d'inversion selon le modèle AB/BA. Sans exemple, j'avoue que c'est hard à ingurgiter.
Ex : Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger. NB : les termes utiliser peuvent être non-identiques et opposés. (Ex : « Valse mélancolique et langoureux vertige » (Baudelaire). )
→ Produire une harmonie rythmique, effet de rapprochement ou de réversion.

Zeugma : Consiste à faire dépendre d'un même mot deux termes disparates. Le plus souvent d'un verbe.
Ex: « Damoclès tira de sa poitrine un soupire et de sa redingote une lettre » (Gide).
→ Le plus souvent à visée humoristique.



______> Figures d'insistance :


Énumération : Le fait de dénombrer les divers élément d'un tout (idée d'ensemble ou concept)
Ex: « Que la Terre, le Ciel, et toute la nature... » (Racine).
→ Fin de récapitulation, d'appui.

Répétition : Et oui ! La répétition peut être une figure de style. Elle s'apparente à l'anaphore. C'est donc un mot, ou une phrase, ou un vers qui reviennent comme un refrain (on parlera de rimes romanesques dans un récit narratif).



______> Figures d'opposition :


Antiphrase : Figure consistant à dire l'inverse de ce que l'on souhaite faire entendre.
Ex : Twilight, c'est bien. (exemple pourri). Les Euménides ! Le terme signifiant les « bienveillante », alors qu'elles étaient bien loin de l'être.
→ Sous entends, nécessite ou introduit des figures de pensées telle que l'ironie ou l'astéisme.

Antithèse : Une antithèse est un procédé qui consiste à rapprocher deux pensées, deux expressions, deux mots opposés.
Ex :  Nous le voulons mort ou vif. « Joyeux, j'ai vingt-cinq ans; triste, j'en ai cinquante » (Hugo).
→ Effet de contraste.

Prétérition : Il s'agit de dire qu'on ne dit pas ce qu'on dit.
Ex : Ethan, pour ne pas le citer...
→ Très utilisée en rhétorique. Sous couvert d'une atténuation, d'un faux passage sous silence, on attire l'attention et on oriente déjà l'interprétation de l'interlocuteur.

Oxymore : C'est la mise en relation de deux terme sémantiquement opposé, ou incompatible normalement.
Ex :  « Soleil noir. » (Nerval); Jeune auteur n'est pas un oxymore ~
→ Peut être à vertu humoristique, poétique, fantastique...



______> Figure de substitution :


Métonymie : Cela consiste à désigner un objet ou une idée par un autre terme que celui qui lui convient en vertu d'une relation existante entre les deux.
Ex : Boire un verre (au lieu de boire le contenue du verre). Un lame (pour désigner une épée).

Périphrase : L'art de dire en plusieurs mots ce qu’on pourrait simplement nommer par son appellation classique.
Ex : La dame de fer (pour la Tour Eiffel). Le conseiller des grâces (pour le miroir).
→ Permet de définir certaines caractéristiques particulière du personnage, peut permettre d'éviter les répétitions (''le jeune homme à la peau blanche'' peut vous épargnez d'écrire trente sept fois le nom ''Bob''. Mais en abuser n'est pas grâcieux).

Antonomase  : Lorsque l'on remplace un nom commun par un nom propre, et vice-versa.
Ex : « un Harpagon » (pour signifier un avare).



______> Figure de diction/sonorité :


Allitération : C’est la répétition de sons identiques (valable uniquement pour les consonnes).
Ex : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » Racine => allitération en « s ».
→ D'une manière générale, tout ce qui touche à la diction ou a la sonorité fait partie d'un jeu d'écriture.

Assonance : C’est la répétition d’une même voyelle dans une phrase ou un vers.
Ex :« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant » (Verlaine) ; ou, plus humblement : barbapapa.

Homéotéleute : C'est la répétition d’un même son à la fin d’une phrase ou à la fin des mots d’une même phrase.
Ex : « Un jour de canicule sur un véhicule où je circule... » (Queneau).

Polyptote : Consiste à employer plusieurs formes grammaticales (genre, nombre, personnes, modes, temps) d’un même mot, dans une phrase.
Ex : Tel est pris qui croyait prendre. (deux formes du verbe ''prendre'')

Paronomase : Il s'agit de rapprocher des termes presque identique sur un plan phoniques, mais de sens différent.
Ex : Qui s'excuse s'accuse.

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C. Kean
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