Distinction entre récits conduits par l'intrigue et conduits par les personnages.

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Distinction entre récits conduits par l'intrigue et conduits par les personnages.

Message  Invité le Mar 26 Juin 2012 - 0:05

J'ai pas vu de fiche sur ce thème donc me voilà. C'est un thème que j'avais eu en cours de littérature quand j'étais à l'école américaine et que je n'ai jamais eu en France, donc je ne sais pas si j'enfonce des portes ouverte ou si j'aborde un thème tabou dans la langue de Molière.

Je me contente de faire un résumé de ce dont je peut me souvenir de mes cours de l'époque et de quelques éléments trouvés sur internet.


Les auteurs anglo saxons ont tendance à différencier deux types d'histoires : « plot-driven/action-driven » ou « character-driven ». Il s'agit la d'une distinction non pas fondamentale mais qui peut permettre de connaître ses points forts de narration et donc de mieux gérer certaines faiblesses.



I : Qu'est ce que c'est ?

    Définition rapide.


A : « Action driven/ Plot driven » : L'intrigue est le moteur principal du récit.

    La meilleure représentation qu'on puisse se faire de ce genre de récits est ce rythme effréné auquel on tourne les pages : suspens, action haletante, …

    On est dans une suite d'évènements ou on est sur un évènements qui créer une situation dont le héros doit se sortir.
    La conséquence est que les personnages vont avoir peu de temps pour l'introspection ou pour se poser des questions du genre « est-ce que machin m'aime vraiment » : la fin du monde arrive et il faut l'en empêcher. C'est quand même plus urgent que de passer chez le psy ou de sauver son couple.

    Je grossi volontairement le trait : bien sûr cela ne veut pas dire qu'un tel roman aura des personnages inexistants ou au psyché aussi développé que des seconds rôles. Cela veut simplement dire que l'élément dominant est l'action : les personnages subissent plus le scénario et ont un impact mineur sur celui-ci .


B : « Character driven » : Les personnages sont le moteur du récit.

    Ici le récit repose la psychologie des personnages et l’interaction entre eux. Apprentissage, amour, etc …

    C'est la force de caractère des personnages et les choix qu'ils font qui vont créer une situation ou la désamorcer. Ils vivent et doivent vivre.
    Les décisions prises par les personnages sont réfléchies et le psyché des personnages est longuement décrit. Ils ont de nombreuses interactions entre eux et sont rarement plats.
    « Est-ce que Suzie m'aime réellement ? », « Que pense-t-il réellement de ça ? », « Qu'est-ce que je vais faire si … »

    Dans ce type de récit on trouvera plus souvent des personnages inoubliables ou très saisissants. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'action. Pensez à un Sherlock Holmes ou a une Scarlett O'Hara : on a les personnage qui vont avoir une influence très forte sur le scénario. L'action "subit" les personnages en quelques sortes.


II : Utilité de la disitinction

    La distinction n'est pas forcément pertinente pour savoir si un récit est de bonne ou mauvaise qualité : il y a d'excellent livres dans les deux catégories.

    La question est là pour déterminer quel genre de récit ai-je devant moi ? Quels sont les intérêts de ce type d'oeuvre ? Quels sont les travers à éviter ? Et tenter de savoir comment les éviter ?


A : Quel genre de récit ai-je tendance à créer ?

    Le meilleur moyen pour déterminer simplement quelle est la tendance d'un auteur est de passer un petit test.


Test :

    Répondez aux dix questions suivantes , si vous avez plusieurs protagonistes contentez vous de celui qui prédomine dans la narration ainsi que le principal antagoniste. ( Le mieux pour passer ce test est de prendre un projet relativement jeune afin de savoir comment on fonctionne réellement, dans le cas d'un projet qui a mûri pendant plusieurs années on a largement eu le temps de préparer des tas de réponses à toutes ces questions ).

      1 – Quel est le but de votre personnage dans l'histoire ?
      2 – Qu'est-ce qui l'empêche d'atteindre ce but ?
      3 – Que risque-t-il de perdre en cas d'échec ?
      4 – Faiblesses du personnage ou plus grande erreur / travers.
      5 – Principal atout du personnage.
      6 – Qu'est ce qu'il déteste ?
      7 – Qu'est-ce qu'il aime ?
      8 – Quelles sont ses peurs ?
      9 – Quels sont ses secrets ?
      10 – Quels sont ses rèves ?


  • Ceux qui remplissent facilement les points 1 à 3 inclus sont à l'aise sur le point de l'intrigue et de l'action.
  • Ceux qui remplissent facilement les points 4 à 10 inclus sont à l'aise dans le développement de vos personnages.
  • Ceux qui ont répondu facilement à tout sont à l'aise dans les deux domaines.

    Vous me direz : "C'est bien beau tout ça mais quel est l'intérêt ?"
    Ma réponse sera simple : pouvoir déterminer quels seront les aspects a travailler dans un récit, autrement dit les faiblesses, et quels sont les points forts sur lesquels capitaliser.



B : Quels sont les forces et faiblesses des différents "systèmes" ?

  • 1-3 :

    Si dans une histoire l'auteur n'arrive pas à répondre aux questions 1 à 3, il est confronté à une absence de scénario. Il n'y a pas « d'action » pour donner au lecteur l'envie de tourner des pages et de savoir ce qu'il va se passer, comment le héros va s'en sortir...

    Aussi bête que ça puisse paraître c'est ce qui fait qu'on lis un roman. On veut savoir la fin de l'histoire. Tout le monde déteste quand un livre se termine sans qu'il ne s'y passe quoi que ce soit : j'ai suivi la vie de Romain qui fait métro-boulot-dodo. Mortel !

  • 4-10 :

    Un auteur ayant des difficultés avec le développement de ses personnages risque l'excès inverse. L'action donne envie de tourner les pages au début et l'auteur aligne facilement les évènements de manière logique et en tire les conclusions...

    Mais aussi excitant que soit le scénario, il lui manquera l'élément humain. Les statistiques indiquent que les histoires sont suivies à 70 % pour les personnages. Imaginez Harry Potter avec Ron qui ne soit pas gaguesque, des jumeaux Weasley qui ne font pas de blagues, un Harry qui ne soit pas coléreux, Hermione qui soit une élève lambda et non pas une incroyable lèche botte et première de classe. Vous situez le problème ?

    Reste encore la question de savoir comment pallier ses propres failles ?


C : Quelles solutions pour remédier aux faiblesses induites par ces systèmes :

    C'est ici que les choses deviennent assez intéressante et qu'on voit le pragmatisme anglo-saxon.
    Ce que je vais dire ici n'est pas une vérité absolue, chacun peut proposer ses solutions et points de vue. Je ne détient pas la vérité divine ... D'ailleurs, la plupart de ce que je vais dire est choppé sur le net.

Développer les personnages :
  • Utiliser ses propres peurs, faiblesses et traits de caractère. On en a tous. Dans un premier temps ça permets déjà d'avoir un modèle de référence ( c'est con mais bon ).
  • Les questions posées plus haut ne sont que la partie émergée de l'iceberg, mais mieux vaut les noter quelque part. Avec le temps viendront de vrai personnages complets et de la profondeur pour l'histoire. Des fiches de personnage aident également.
  • Chercher à intégrer plus de métaphores et de comparaison dans le texte. Cela permet d'approfondir les descriptions et d'associer certains registres a certains personnages ( plus sombre, plus clair, ... ).
  • Ne pas hésiter à chercher des opportunités de faire du roleplay et donc d'incarner les personnages. Ca a le mérite de faire réfléchir comment untel réagirait ou comment il s'exprimerait...
  • Ne pas hésiter a relire toute information relative au domaine dans lequel on éprouve plus de difficultés.
  • Faire des pauses et revenir sur l'histoire après avoir bougé un peu ( goûter, petite marche, etc ). Avec un regard frais viennent souvent des petits détails qui font la différence.
  • Plus généralement, les auteurs capable de créer des intrigues solides utilisent surtout la moitié gauche du cerveau. Donc facilités à créer des listes, et a avoir des pensées schématiques et logiques. Ils apprécient de faire des plans détaillés ou des "squelettes".
  • Utiliser les squelettes et les plans que créés pour insérer des endroits où travailler sur les personnages ( utiliser des codes de couleur peut être une bonne idée ). Rester logique et essayer de tirer des conclusions des répercussions des évènements sur les personnages.

Développer l'intrigue :
  • Utiliser ses propres ambitions et les intégrer à l'histoire. Finir quoi ? Faire quoi ? Dans quel but ?
  • Les auteurs ayant un penchant naturel pour le développement des personnages ont généralement un style d'écriture plus anarchique. Ils apprécient peu les plans et autres éléments qu'ils voient comme restrictifs. Ils utilisent plus l'hémisphère droit du cerveau et vont donc montrer une très grande créativité artistique. Pourtant un plan permet d'avoir des rails et reste un bon support.
  • Comme cet hémisphère est plus sensible aux couleurs, créer un plan avec des différences de couleur pour démarquer ce qui relève de l'action pure et ce qui relève des personnage permettrait d'avoir une meilleure visibilité.
  • Se réserver des moment de planification, de préférence loin de tout support ( papier/ordi). Bizarrement on se voit planifier et donc on se mets a planifier.
  • Comme les gens ayant un coté droit dominant ont tendance à être très visuels et imaginatifs, avoir un plan séquencé sur un mur peut aider a garder à l'esprit la ligne directrice et éviter de trop s'éparpiller dans des descriptions à rallonge.



:/!\: :/!\: N'hésitez pas a proposer vos propres solutions ! :/!\: :/!\:

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