Anachronismes lexicaux

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Anachronismes lexicaux

Message  C. Kean le Mer 27 Aoû 2014 - 12:10

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Les anachronismes lexicaux


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____Lorsqu'on se lance dans l'écriture d'un récit historique ou fantasy, l'une des premières étapes du travail consiste à étudier le contexte choisi et à s'y adapter. On se renseigne, on chasse l'incohérence chronologique à grand renfort de recherches. Mais bien souvent, on se retrouve malgré tout trahi par un ennemi insidieux, d'une familière et sournoise discrétion : notre propre vocabulaire.
____Et oui. Apparition, changements de sens... les mots aussi ont vécu leur petite histoire avant de parvenir (ou pas) jusqu'à l'usage que nous en faisons. Le souci du réalisme historique passe donc également par le choix du lexique et la traque de ce que l'on pourrait appeler des anachronismes lexicaux.
____Bien sûr, il ne s'agit que de prendre conscience du « problème », pas de l'enrayer totalement, ce serait aller vers un appauvrissement et ce n'est pas le propos. Le but est d'être averti et agile sur son texte par rapport aux attentes qu'on a de lui et de son degré de crédibilité historique.

____Les noms communs dérivés de noms propres

____Il s'agit de tous ces noms ou adjectifs inspirés de grands personnages, historiques ou fictifs, qui peuvent faire tiquer un lecteur attentif si votre intrigue se déroule avant la naissance dudit personnage ou dans un univers où ce personnage n'a vraisemblablement jamais existé.
____Par exemple : dantesque, qui désigne le caractère sombre et grandiose d'une action, d'un lieu ou d'un personnage, se réfère à l’œuvre poétique de Dante. Alors oui, cet adjectif a la classe, mais si Dante n'a pas encore écrit ou n'existe pas dans le contexte de votre histoire, c'est une rencontre fort étrange et potentiellement dérangeante.
____Il en va de même avec les expressions « être un Don Juan », un « Harpagon »...
____Cela dit, il existe certains de ces dérivatifs qui se sont si bien mélangés au langage courant qu'on peut se permettre plus facilement de les utiliser malgré tout. Par exemple, personne ne viendra vous embêter sous prétexte que, dans votre roman fantasy, vous employez le terme sadique, formé autour du nom du Divin marquis de Sade. Aussi, il convient de faire attention à ces mots dérivés en se demandant quel est leur degré de visibilité anachronique et de voir si elle est tolérable.

____Les déplacements de sens et de connotation

____Un exemple parmi tant d'autre : une tyrannie n'a pas toujours désigné un ordre politique dirigé par une autorité absolue et violente. Durant l'antiquité un tyran était simplement un chef politique d'origine populaire, s'opposant ainsi à l'aristocratie, qui avait usurpé le pouvoir, sans qu'il n'y ait une notion d'oppression là dedans.
____Pour ces subtiles nuances lexicales, éviter les anachronismes demande soit une culture générale grosse comme ma... planète, soit de bons outils de recherches comme le Littré d'Emile Littré (oui) qui est un dictionnaire audacieux, donnant les différentes définitions des mots à travers leur histoire. Mais aussi, plus complet et moderne, le site du CNRTL que tous les auteurs du net devraient avoir dans leurs favoris en tant qu'il est un peu le saint patron des dictionnaires.


____Les formations datée

____Comme pour les mots dérivés de nom propre, certains termes ou formations sont fortement ancrées dans une époque ou en rapport avec un événement donné. C'est le cas par exemple de génocide qui fut utilisé la première fois en 1945, inutile je pense de vous rappeler à quelle occasion. Dans le même genre, le terme sexualité est une invention de la fin du XIXème. Bien sûr ces deux phénomènes ne datent pas d'hier, il y a eu de tous temps des brioches et des massacres de populations entières, mais il n'y avait pas le besoin de les désigner précisément, soit pour le traduire en justice, soit pour l'aborder de façon scientifique. Ce sont les enjeux de l'époque qui ont poussé au besoin de nommer la chose.
____De même, mais dans un registre plus général, la plupart des adverbes en -ment ont été formés au cours du XVIIème siècle dans un souci d'enrichir et de codifier la langue sous l'influence de la préciosité, qui est également à l'origine de nombreuses créations lexicales ou de tournures métaphoriques.

____Bien connaître sa langue, son origine et son histoire est d'une aide précieuse en écriture. Une ou deux expériences de lecture vont également aider à s’imprégner du style d'expression de l'époque qui vous concerne. Car la langue est une entité vivante qui traduit des réalités sociales et une façon de penser (ou peut être est-elle tout bonnement à l'origine de nos codes et de notre vision du monde !) commune à un groupe linguistique et à une époque. Pouvoir jouer là dessus, en adaptant son expression à un contexte historique précis, apportera un petit quelque chose de plus, d'authentique, à votre histoire et à vos personnages. Mais il faut bien comprendre qu'une obsession en la matière deviendrait rapidement ridicule, handicapante et punitive. Il s'agit, comme c'est bien souvent le cas, d'un équilibre à maintenir entre le trop de pointillisme et le pas assez, afin d'immerger le lecteur dans l'histoire qui lui est racontée en la gardant à portée de sa compréhension par un savant mélange de votre cru.


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C. Kean
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