[Psychologie] Psychopathologie et troubles mentaux

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[Psychologie] Psychopathologie et troubles mentaux

Message  C. Kean le Lun 27 Oct 2014 - 15:50





Je ne rate jamais une occasion de caser un Jack Nicholson.


:/!\: FICHE EN COURS DE REDACTION ET DE CONSTRUCTION :/!\:


____Sommaire :

____Introduction à la psychopathologie
________* Définitions et notions à connaître
________* Bref aperçu historique de la folie
________* Organisations pratiques (les psys, les approches, les thérapies et traitements, le DSM)

____Les troubles habituellement diagnostiqués pendant l'enfance ou l'adolescence
________* Trouble du Déficit de l'Attention avec Hyperactivité (TDA/H)
________* Troubles Envahissants du Développement (TED)
________* Autres troubles (retard mental, troubles du développement moteurs, troubles du langage)

____Schizophrénie et autre troubles psychotiques
________* Schizophrénie
________* Classification et organisation des troubles délirants
________* Trouble psychotique partagé (plus y a de fous moins y a de riz)

____Les troubles de l'humeur
________* Troubles dépressifs
________* Troubles bipolaires

____Les troubles anxieux
________* Trouble panique / agoraphobie
________* Phobie sociale
________* Phobie spécifique
________* Troubles obsessionnel compulsif (TOC)
________* Etat de Stress Post-Traumatique
________* Autres troubles anxieux

____Les troubles somatoformes
________* L'hystérie de conversion.
________* Autres troubles somatoformes.

____Les troubles dissociatifs
________* Trouble dissociatif de l'identité
________* Dépersonnalisation

____Les troubles du sommeil
________* Dyssomnies
________* Parasomnies
________* La minute Sigmund : le rêve.

____Les troubles des conduites alimentaires
________* Anorexie mentale
________* Boulimie
________* Autres troubles des conduites alimentaires

____Les troubles du contrôle des impulsions
________* Kleptomanie
________* Pyromanie
________* Autres troubles du contrôle des impulsions

____Les troubles de la personnalité
________* Groupe A : personnalités paranoïde, schizoïdes, schizotypique.
________* Groupe B : personnalités anti-sociale, borderline, histrionique, narcissique.
________* Groupe C : personnalités évitante, dépendante, obsessionnelle compulsive.


:/!\: FICHE EN COURS DE REDACTION ET DE CONSTRUCTION :/!\:

A voir :
Les troubles cognitif je pense faire surtout les troubles mnésiques vu qu'ils sont souvent mis en scène.
Les troubles sexuels et de l'identité sexuelles : ARF. Je les citerai pour que vous fassiez vos recherches.

Cette fiche n'est bien sûr pas exhaustive, j'ai pris le parti de choisir des troubles "utiles" dans les fictions (c'est à dire ceux qu'on retrouve souvent ou qui ont un fort potentiel dramatique).
Cela dit je prendrai également en compte vos éventuelles demandes ou question ~




Dernière édition par Carmilla K. le Mer 11 Nov 2015 - 13:39, édité 8 fois
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C. Kean
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INTRODUCTION À LA PSYCHOPATHOLOGIE

Message  C. Kean le Lun 27 Oct 2014 - 18:13

bandehaute

INTRODUCTION À LA PSYCHOPATHOLOGIE



____Définitions et notions à connaitre :

________Définition générale de la psychopathologie :

____Etymoligiquement tout est dit : pathos renvoie à la souffrance (à la passion), et psyché à l'âme/esprit.
____La psychopathologie englobe l’étude psychologique des maladies mentales et des dysfonctionnements psychiques des sujets réputés « normaux ».
____La psychopathologie est une branche de la psychologie qui s’appuie sur la connaissance du fonctionnement normal pour dégager, décrire et analyser les conduites pathologiques (= manifestations psychiques et comportementales dont souffre les individus) et son but est de décrire le fonctionnement, la genèse et les processus qui en permettent le changement.
____On doit tenir compte de la variabilité individuelle (on n’est pas tous égaux devant les conflits de l’existence, on ne réagit pas de la même façon) et de la relativité sociale et culturelle des symptômes et des comportements selon les époques, la tolérance du milieu, l’individu, le professionnel consulté, la présentation des symptômes par le patient et selon les capacités de prises en charge institutionnelles.
____La psychopathologie est très liée à la manière dont la société s’est préoccupée de prendre en charge, protéger et soigner les malades mentaux, mais aussi de ce qu'elle considère comme une maladie mentale. Elle nécessite donc d'être questionnée au cas par cas par plusieurs approches.

________La question du normal et du pathologique :

____Il y a de grandes difficultés pour la société à désigner ce qui est normal et ce qui ne l'est pas. En psychologie, on considère qu'il y a une continuité entre le normal et le pathologique, et qu'on ne peut pas marquer une différence nette comme c'est plus souvent le cas en médecine. Pour Freud, la différence n’est pas qualitative mais quantitative. Ce sont les mêmes mécanismes à l’œuvre, mais. Ce qui fait la différence, c’est quand les symptômes deviennent source de souffrance et que le sujet ne peut plus vivre avec, lorsqu’ils sont trop invalidants, lorsqu’ils ont un impact sur la sphère affective, sociale et professionnelle. Bref, quand le fonctionnement général de la personne est atteint.

Il y eu trois grandes tentatives de définition de la normalité :
  • La normalité statistique : au XIXème siècle, le mathématicien Quételet (1796-1874) est le premier à appliquer la courbe de Gauss à la distribution de différentes données humaines. Selon cette conception, l’homme normal est définit par la moyenne, à plus ou moins un ou deux écart-type.
    ____→ avantage : le critère est indépendant de tout système de valeur et peut être observé empiriquement.
    ____→ inconvénient : caractère asymétrique de la signification des points de coupure entre normal et anormal : tout écart à la moyenne est anormal, d'un côté comme de l'autre, sans tenir compte des différences de signification. Canguilhem donne une forme plus moderne à la pensée de Quételet : la normalité est la meilleure adaptation de l’organisme à son milieu. La critique porte sur la signification des points de coupure entre le normal et le pathologique.
  • La normalité comme norme sociale : on considérerait comme malade toute personne adoptant un comportement socialement réprouvé. Cette définition pose la question de la déviance (au niveau individuel, la déviance n'est pas pathologique). On considère comme déviant celui qui ne respecte pas les normes morales et sociales et qui les transgresse.
    ____→ inconvénient : danger, dans ce contexte, l’originalité risque d’être considérée comme de la folie, de l’anormalité. Dépendante des cultures et des époques.
    ____Sélosse (1923-1995) : « aucune conduite n'est déviante en soi, c'est la signification qu'on lui prête en fonction de critères normatifs individuels et sociaux qui lui confère ce caractère. »
  • La normalité comme absence de maladie : celui qui est normal est celui qui n’est pas malade. Cependant, la maladie est une notion qui peut être subjective.
    ____→ notion subjective et culturelle de la maladie : quand est-on malade ? Inégalité devant la sensation d'être malade et devant la tolérance à la souffrance.
    ____→ que fait-on des individus trop bien adaptés, hyper-adaptés qui entre dans le pathologique si cette hyper-adaptation se fait au détriment de leur développement personnel (mécanisme de défense trop figés, rigide et stéréotypé).
    ____Pour Beauchesne, il faut tenir compte de la normalité fonctionnelle : « on considère comme normal un état approprié à un individu en raison de ses caractéristiques et de ses buts ».


________Quelques définitions supplémentaires :

Sémiologie : Ensemble des signes (et des symptômes) qui permettent de reconnaître une maladie ou un état pathologique.
____->Deux choses à retenir :
  • Un signe tout seul n’a aucune valeur diagnostique. Ce n’est qu’en association avec d’autres signes qu’il va prendre sens dans un tableau clinique.
  • Un même signe peut apparaître dans des tableaux très différents. Ex : tristesse = dépression / démence / schizophrénie…

Signe : Le signe se situe du côté de l’observateur. Le clinicien observe le patient et va chercher à repérer dans le discours ce qui est un signe d’une pathologie. Le signe concerne donc ce que voit et entend le clinicien.

Symptôme : Le symptôme se situe du côté du sujet. C’est ce dont se plaint le sujet. Le clinicien écoute la manière dont le patient va exprimer ses difficultés. Le symptôme concerne donc ce que dit et ressent le sujet.

Syndrome : Regroupement de signes ou de symptômes qui vont ensemble. On peut le retrouver dans différents tableaux cliniques.
Ex : la tristesse est un symptôme qui rentre dans la catégorie du syndrome dépressif qui peut être rencontré dans le diagnostic de dépression, de démence… C’est trans-nosographique (on peut le rencontrer dans différentes pathologies).

Maladie : Désigne un regroupement typique de signes qui sont corrélés entre eux et qui sont d’évolution caractéristique et prévisible, et qui est identique d’un patient à l’autre. Elle se caractérise par la stabilité d’un ensemble de signes ; c’est ce qui fait qu’une maladie se distingue radicalement d’une autre maladie. Dans le modèle médical, on postule qu’une cause agit sur l’organisme pour produire une maladie.
Ce terme est moins utilisé en psychopathologie qu’en médecine car souvent en psychopathologie, on ne connaît pas la cause ou alors elle est pluri-factorielle.

Étiologie : Recherche de l’origine de la maladie. Dans le domaine de la pathologie mentale, l’étiologie, la plupart du temps, est soit inconnue, soit pluri-factorielle. C’est donc plutôt la recherche des origines de la pathologie.

Nosologie : Branche de la médecine. Discipline qui étudie les caractères distinctifs des maladies en vue de leur classification. Elle s’occupe donc de donner des noms aux maladies et de les définir. Elle permet d’établir la nosographie.

Diagnostic (différentiel) : Acte qui regroupe les signes et les symptômes et qui les rattache à une maladie qui a sa place dans le cadre nosologique. Action de déterminer une maladie. Le diagnostic a une dimension probabiliste, hypothétique ; il est sujet à changement, donc à discussion. Quand on discute le diagnostic, on fait du diagnostic différentiel.


____Bref apperçu historique de la folie :

:/!\: Il ne s'agit que d'un aperçu rapide. Pour plus de détails et d'informations je vous conseille ces deux lectures :
  • La folie, R. Jaccard dans la collection Que sais-je ? des éditions PUF : court, facile à lire, avec des chapitres sur l'éthnopsychiatrie et les problématiques actuelles du milieu psychiatrique.
  • La folie - Histoire et dictionnaire, J. Thuillier, éd Bouquin : long mais très complet, il n'entre pas trop dans les considérations actuelles en revanche.


L’antiquité gréco-romaine (- 3 500, - 3 000 av. JC → 600):


____Il n’y a pas de « psychiatrie antique » à proprement parlé car le mot psychiatrie est très récent (19ème siècle). À cette époque, il y a deux médecines qui coexistent : une médecine « scientifique » et une médecine religieuse.

________Une médecine « scientifique » :

____Elle commence au 5ème siècle av. JC avec Hippocrate.
____Il va progressivement élaborer une théorie humorale (théorie des humeurs) de la maladie. Il s’inspire notamment de deux personnes : Alcméon de Cotone, premier Grec à s’intéresser au cerveau (il pensait qu’il fonctionnait comme une glande et sécrétait la pensée) et Empédocle, un Sicilien (théorie des 4 éléments : quatre éléments pour représenter les quatre qualités fondamentales : chaleur, sécheresse, humidité et froid). Pour Hippocrate, à ces quatre qualités fondamentales correspondent les quatre humeurs du corps.
____Théorie des humeurs : sang (cœur), phlegme (cerveau), bile jaune (foie), bile noire (rate). La maladie en général, et donc toutes les maladies mentales ou physiques, reposent sur un déséquilibre entre ces quatre humeurs. D’où les expressions « se faire un sang d’encre », « se faire de la bile »…

____Hippocrate est considéré comme le père de la médecine car c’est le premier à avoir donné une explication naturelle et cohérente des maladies (il a par exemple désacralisé l’épilepsie). C’est aussi le premier à avoir reconnu que le cerveau est l’organe le plus important du corps humain : « Les hommes devraient savoir, que du cerveau et de lui seulement, proviennent nos plaisirs, nos joies, le rire et les plaisanteries ainsi que nos chagrins, nos peines, nos pleurs et nos larmes. »
____À l’époque, il n’y a pas de distinction entre maladie de l’âme et maladie du corps puisqu’on pensait que les maladies étaient physiques. Elles ont toutes une explication physiologique. La plupart des traitements sont donc somatiques (= relatifs au corps ≠ psychologiques). Les maladies peuvent être dues à des facteurs internes mais aussi à des facteurs externes (Ex : alimentation).

________ Une médecine religieuse :

____Conjointement à la médecine d’Hippocrate, existe une médecine religieuse qui s’est développée pendant toute l’Antiquité grecque puis romaine.
____L’essentiel de cette médecine est l’onirothérapie (= thérapeutique par le rêve). Les croyances et rituels magiques étaient très présents dans la vie quotidienne de la Grèce antique. On croyait aux signes et à la divination. La population invoquait les dieux pour demander la fortune, la réussite ou la santé. On pensait donc que c’était les dieux qui étaient responsables de la maladie : Héllénisé Sarapis (dieu égyptien), Asclépios ou Esculape (vers 6ème siècle av. JC : dieu de la médecine). Le plus connu des sanctuaires édifiés est le sanctuaire d’Epidaure (lieu de la naissance d’Asclépios) dans le Péloponnèse. On l’honorait sous la forme d’un serpent.
____On utilisait le sommeil d’incubation dans les sanctuaires : pendant le sommeil du patient, ce dernier recevait des inspirations des prêtres d’Asclépios. Ces rêves étaient censés lui révéler ce dont il avait besoin pour aller mieux.

________L'apport de la médecine arabe (an 1000 av. J.C.) :

____Ce sont les arabes qui ont fait connaître en Occident la médecine antique.
____Traité d’Ishaq Ibn Amran (mélancolie, 10ème siècle) : souligne l’importance des étiologies psychiques et la nécessité d’une approche psychologique des maladies.

________Classification des maladies mentales dans la médecine antique :

Trois classifications à retenir :
  • Hippocrate (5ème siècle av. JC) : manie et mélancolie englobent toutes les maladies.
  • Celse (Auguste Cornelius Celsus, 1er siècle ap. JC) : il distingue manie, fureur frénétique et délire hallucinatoire. Propose de distinguer maladies aigües et maladies chroniques.
  • Arrêtée de Cappadoce (1er siècle) : Il a écrit un traité qui s’intéresse aux causes et aux signes des maladies aigües et chroniques. La frénésie (état d’agitation – due à un mélange de sang et de bile qui monte au cerveau et qui provoque une inflammation des méninges) et la léthargie (état d’abattement – phlegme qui monte au cerveau) sont des maladies aigües, générales, avec fièvre → s’accompagnent d’état confusionnel, d’un affaiblissement du niveau de conscience, de délire, d’agitation ou de stupeur ; la mélancolie (état d’abattement avec tristesse et crainte – dérèglement de la bile noire avec sécrétion excessive qui entraine une infection cérébrale) et la manie (état de grande excitation qui s’accompagne de délire – embrasement du couple bile noire/bile jaune) → sont des maladies chroniques, générales et sans fièvre.

La société médiévale ou féodale (500 → 1 500) :

________Conception surnaturelle et approche « naturelle » de la folie :

____Concernant la conception surnaturelle de la folie, on pensait que le fou était un être dominé par des forces supérieures et mystérieuses, et qu’il était l’un des enjeux entre Satan et Dieu (entre le bien et le mal). On y trouve : les démoniaques, les pêcheurs insensés, les simples d’esprit et les fous de Dieu.
____Se développe à côté une approche plus naturelle de la folie (qu’on trouve dans plusieurs romans comme Lancelot (qui devient fou à cause d’un chagrin d’amour)).
____Il y a toujours une interpénétration entre la folie extraordinaire et la folie naturelle. La place du malade mental dans la société va donc découler directement de cette double conception : on constate une ambivalence et une ambiguïté très importante envers les fous → coexistence entre attitudes positives (compassion, accueil, soucis d’intégration) et attitudes négatives (peur, rejet, exclusion).

________Thérapeutiques de la société médiévale :

____Contrairement aux idées reçues, il y avait beaucoup de thérapeutiques qui visaient à guérir de la folie. Elles s’inspiraient de la période précédente, soit de l’Antiquité, et aussi de la médecine arabe.

____Les soins médicaux (naturels) :
____Le plus souvent, le fou était soigné à domicile. Il arrivait cependant qu’il soit hébergé dans un monastère. A l’époque se développait très lentement l’hospitalisation des fous dans un esprit d’accueil et d’assistance, mais dans des lieux très importants comme l’Hôtel-Dieu de Paris.
____Quel que soit le lieu où on le soigne, généralement on l’attache (« fou à lier ») dans l’objectif de le protéger contre lui-même mais aussi de protéger les autres. Dans tous les cas d’aliénation mentale, on rase la tête du malade afin qu’il ne s’arrache pas les cheveux, mais aussi car on pense que l’humeur mélancolique est associée au système pileux. Cette tonsure se faisait en croix. On appliquait des onguents (crèmes à base de résine) sur la peau.
____On a une gamme de médicaments très vaste qui contiennent soit des substances psychotropes, soit des substances qu’on retrouve dans le traitement d’autres maladies : opium et solanacées (plante) pour calmer l’agitation du malade et l’endormir ; émétiques ou vomitifs, purgatifs… On veut que le malade se débarrasse des humeurs superflues ou corrompues.
____En plus des médicaments, on fait des saignées (à la lancette), de l’hydrothérapie (immerger le malade dans des bains chauds, tièdes ou froids), de la chirurgie pour les cas les plus rebelles (cf. cautère (tige métallique qu’on chauffe afin de brûler les tissus pour détruire les maladies considérées comme malades), trépanation (trou dans la boîte crânienne) → lié à la localisation cérébrale de la folie. L’objectif est de guérir le malade en s’attaquant à la racine-même du mal).
____Étaient préconisées des règles d’hygiène et de diététique, du repos, des promenades, des activités et, grâce à Arnaud de Villeneuve, de la psychothérapie, fondée sur la confiance du malade en son médecin. Cette psychothérapie utilisait la persuasion et la suggestion.

____Le recours aux saints guérisseurs :
____À côté de ces soins médicaux, coexiste une médecine un peu plus surnaturelle : recours à des thaumaturges. Soit on a recours à des saints vivants à qui on amenait des possédés, ou on avait recours aux pouvoirs thaumaturgiques post-mortem des saints (pèlerinages thérapeutiques : 13ème siècle : pèlerinage = 9 jours. Bastonnade, hydrothérapie, toucher des reliques saintes). On attend une guérison miraculeuse.
____La guérison s’effectuait parfois à partir du moment où la confiance du malade et de ses proches envers le guérisseur était très forte.

____L’amour humain :
____Dans la littérature, on trouve des exemples où l’amour humain a suffi à lui seul à guérir le héros devenu fou. La folie est vue comme un itinéraire initiatique ; c’est une maturation psychologique et morale du sujet.

____Marginalisation et exclusion (régulation sociale) :
____Mais à côté de toutes ces attitudes positives envers les malades mentaux, on trouve aussi des négatives : l’idée était de contenir les fous, de les marginaliser, de les exclure → lié à la peur et au malaise qu'ils engendrent.

________Un statut juridique particulier :

____Le fou est inapte à comprendre le sens de ses actes, il est immature, dangereux ; cela va engendrer un certain nombre de restrictions qui lui seront imposées soit par le droit canonique (=conforme aux règles de l'église) soit pas le droit civil.
____Ces restrictions concernent à la fois les déficients mentaux et les malades mentaux. Limitation de l'accès aux sacrements, incapacité juridique (question des biens du fou). Mais il n'y a pas d'expertise médicale, les juges procèdent par enquête (témoignage de l'entourage sous serment). Le juge désigne un tuteur/curateur, souvent l'un des membres de la famille, qui sera responsable des biens du fou. Il doit aussi l'empêcher de se suicider ou de commettre un délit grave. Si la prise en charge est bien faite, cela évite au fou l'incarcération ou l'enfermement.
____En effet, les fous jugés dangereux sont enfermés, souvent à domicile, forme d'exclusion familiale. Certain aliénés sont incarcérés en prison, avec toutefois des circonstances atténuantes accordées du fait de leur état mental. Les aliénés sont mélangé avec le reste de la population carcérale.
____Il y a deux sortes de suicide à l'époque. Les suicides pratiqués lors d'un état de démence par les « fous et hors de sens » et les suicides par dépression.

________Politisation de la folie :

____À partir du XIème et surtout du XIIème siècle, les fous sont engagés par les cours royales ou seigneuriales dans le but de les distraire, de provoquer le rire : les « fous du roi ». Certains fous sont même célèbres et ont leur public (un public instruit et cultivé). On les écoute et on les lit avec curiosité et amusement.

L'âge classique et l'idéologie du « grand enfermement » des malades mentaux (XVIème-XVIIème-XVIIIème siècles) :

____Cette idéologie s'est faite en plusieurs étapes.
____À la fin du Moyen-Âge, les insensés sont rarement enfermés, ils sont généralement gardés par leur famille. Dans la seconde moitié du Grand Siècle, une profonde mutation repousse la folie dans le monde de l'exclusion (résorption de la lèpre et âge de la raison, la peur se focalise alors sur la folie).
____Beaucoup d'insensés sont devenus errants (« troupeau des errants »). Les pouvoirs publics vont alors accroître la sévérité des édits d'interdiction.
____Edit de 1656 (édit du grand enfermement) : fustige et interdit la mendicité et ordonne l'enfermement des mendiants. Nécessite des locaux suffisamment grands pour y enfermer les mendiants : l'hôpital général (Bicêtre, Salpétrière, Hôtel Dieu...). Ce sont des lieux où se conjuguent l'assistance et la répression.
____ Dans toute l'Europe on construit des bâtiments d'internement. Pas juste pour les fous, pour tous ceux qui donnent des signes de « dérangement » pour la raison, la morale et la société. Foucault remarque qu'avec l'émergence de la bourgeoisie, bouleversement des attentes sociales. Les vices les plus graves ne sont plus l'orgueil ou l'avidité, le vice des vices c'est l'oisiveté, le non-rendement. Dans ces centres d'internement se trouvent donc tous ceux qui ne sont pas ou plus capable de participer à la production et l'accumulation de richesse. Dans ces institutions on de trouve pas de réelle distinction entre la folie et la criminalité.Il faudra attendre 1838 pour mettre fin à l'amalgame carcérale.

L'aliénisme (fin XVIIIè – XIXè) :

____La fin du XVIIIè voit naître la doctrine de l'assistance publique (la société doit réparer le mal dont elle est la cause, car la misère est le fait de l'état social).
____La notion d'aliénation mentale va apparaître (au lieu de fou et d'insensés). La folie va être considérée comme une maladie unique, distincte. Il faut donc la traiter dans des établissement spéciaux : les asiles. Les malades mentaux ne sont plus considérés comme des criminels mais comme des malades auxquels il faut un traitement.
____En 1775, Colombier et Doublet rédigent une circulaire qui va fonder la psychiatrie en France : « instruction sur la manière de gouverner les insensés et de travailler à leur guérison dans les asiles qui leur sont destinés ». En Europe, la psychiatrie va apparaître fin 18ème (par Christian Reil en Allemagne et Philippe Pinel en France).

Philippe Pinel (1745-1826) :

____Il se réfère beaucoup aux médecins anciens et est influencé par la tradition philosophique des passions. Il arrive à Paris en 1778 et commence à travailler avec des patients en 1786. Il est nommé premier médecin résident à Bicêtre en 1793 et écrit un mémoire sur la manie. En 1795 il est nommé médecin chef de la Salpêtrière.
____« L'histoire médicale des passions entre nécessairement comme notion préliminaire dans le Traité, car comment concevoir l'aliénation la plus fréquente, celle qui vient d'une exaltation extrême des passions, si on ne considère d'abord avec soi leurs effets sur le moral et la psychique ? » Pinel, 1800, mélange de philosophie et de médecine.
____Pour Pinel, la folie est une entité morbide. C'est un objet d'étude scientifique. Il considère que ce n'est pas une perte de raison, c'est une autre façon d'être homme. Il ne parle d'ailleurs plus de folie mais d'aliénation mentale (ou vésanie = égarement ou dérèglement de l'esprit). Étant donné que la raison n'est pas totalement perdue (ou pas de façon durable), la communication est possible. Cela va déboucher sur un traitement moral de la folie, et donc vers une nouvelle relation avec l'aliéné. C'est un traitement psychique.
____« Le véritable traitement psychique s'en tient à une conception que la folie n'est pas une perte de la raison, ni du côté de l'intelligence, ni du côté de la volonté, mais un simple dérangement de l'esprit,une contradiction dans la raison qui existe encore. Ce traitement humain, c'est-à-dire aussi bienveillant que raisonnable de la folie n'est pas un traitement physique. »
____Il faut tirer parti de ce qui subsiste de raison chez l'aliéné et le mettre dans un milieu où seul la raison fonctionne pour qu'il guérisse. Pour Pinel, il faut parler avec douceur à l'aliéné, il faut compatir et lui redonner confiance. Ces éléments vont constituer l'empathie et seront les premiers fondements de la psychothérapie.
____Le premier mot clef du traitement moral est donc la douceur. Faire preuve de patience, être convaincu que la situation peut et va s'améliorer.
____Le deuxième mot clef est la bienveillance. Créer un climat de sympathie, compatir avec les souffrances de l'aliéné.
____Le troisième mot clef est la persuasion. Convertir les croyances du malades au systèmes de croyances du médecin. Il faut que le malade ait toute confiance en son médecin pour s'y soumettre. Il faut pouvoir et savoir effrayer le patient si nécessaire. A force, la persuasion et le raisonnement vont se transformer en répression et en autoritarisme. Le médecin devient l'intimidateur, imposant ses idées par la force.
____Pinel à mis l'accent sur la discipline, la régulation de la vie des malades, leur classement rigoureux et l'isolement des plus dangereux. Il a indiqué aussi la nécessité pour le médecin de s'occuper de l'organisation du service. Pinel est celui qui libère les aliénés de leurs chaînes à la Salpêtrière en 1793. Pinel a éloigné le traitement de la folie de la médecine, il accordait peu d'importance aux médicaments.
____Pour Pinel, les troubles mentaux sont dus à des atteintes physiologiques provoqués par des émotions, des passions. L'aliéné est dominé par sa fureur extravagante. Cette fureur est une force qui vient de ses instincts déchaînés et de ses passions. Toujours d'après Pinel, viennent s'affronter deux volontés : celle du malade (mauvaise et passionnée) et celle du médecin (bonne et raisonnable). Il y a une autorité absolue du médecin dans l'asile.
Le point bonus :

Nosographie de Pinel (1801) : L'aliénation mentale peut prendre des aspects différents :
* La manie : délire général (avec agitation, irascibilité et penchant vers la fureur).
* Le délire mélancolique : délire partiel (délire dirigé sur une ou une petite série d'objets particuliers).
* La démence : affaiblissement sénile ou accidentel des facultés intellectuelles, des opération de l'entendement.
* L'idiotisme : stupidité plus ou moins prononcée (cercle très borné d'idées, nullité de caractère).

Homosexualité et maladie mentale ?:

____On a longtemps cherché à expliquer l'homosexualité par une maladie mentale. Tout d'abord en supposant un retard mental (et on avait l'air bien con quand le patient n'en avait pas), puis une anomalie du développement cérébral du fœtus (on s'enfonce). Il faut retenir le nom de Kraft-Ebing qui, dans la mouvance de son époque, plaçait l'homosexualité dans les paresthésies (libido dévoyée ou perversion de l'instinct sexuel) avec une cause organique. Cependant, à force de rencontrer des "patients" homosexuels, il est revenu sur sa théorie et a finit par décrire l'homosexualité comme une simple différenciation et non plus une anomalie. Kraft-Ebing n'arrive cependant pas à se faire entendre vu qu'il est rapidement censuré par l'église pour sa position sur l'homosexualité et surtout pour son rapprochement entre l'aspiration au martyr et l'hystérie.
____Freud, sur ce sujet, lui fait de l'ombre. Déjà remettons une chose au clair : Freud n'a jamais dit - comme je l'entends souvent - que l'homosexualité était une maladie mentale. Il parle bien de perversion, mais il donne également une définition particulière au terme de perversion sans qu'il n'y ait aucun jugement moral (la morale n'a pas de sens chez Freud, il est influencé par Nietzsche là dessus). Pour tonton Sigmund, l'homosexualité s'explique à la lumière du complexe d'Oedipe (d'ailleurs l’œdipe freudien est bisexuel) qui donne lieu à une différence dans le choix de l'objet. Mais ce n'est pas pathologique, il n'y a aucune nécessité de traitement psychanalytique. C'est pas la "norme" mais c'est normal.
____Cependant il faudra attendre 1973 pour que l'Association Américaine de Psychologie retire l'homosexualité du DSM.

Les méthodes thérapeutiques du 19ème:

____Au 19ème, les gammes médicamenteuses perdurent. Utilisation de l’hydrothérapie (bains, douches). Scipion Pinel : « les bains sont un moyen puissant de guérison : un établissement bien entendu doit être pourvu de toute espèce de bains et avec une sorte de profusion : il doit y avoir des bains ordinaires et médicinaux, des douches ascendantes, des étuves sèches et humides. On a renoncé avec raison aux bains d’immersion et de surprise...». Les bains et les douches dépendaient du type d’aliénation, 3 grandes formes d’hydrothérapie : action révulsive (forme congestive de la folie, jet puissant sur le bassin et les membres inférieurs pour décongestionner le cerveau), tonique (forme dépressive, douches courtes administrées par percussion) ou sédative (forme convulsive ou expansive, bains froids, enveloppement dans des draps mouillés, et compresse froide sur la tête). Les bains tièdes avaient également une actions sédatives, à condition d’être prolongés (minimum une heure).
Pinel : « le bain de surprise convient dans la manie, lorsqu’elle résiste aux bains tièdes, à la douche et autre remèdes, puisqu’il ajoute aux effets de l’impression brusque de l’eau froide et les avantage d’un saisissement […], mais avec quelle circonspection et quelle réserve doit être exécutée une semblable méthode, qu’on ne peut se permettre que dans les cas les plus graves et le plus extrêmes ».

________Autre thérapeutiques :

____La chaise tournante ou le fauteuil rotatoire, inventé par Hermann Boerhaave (1668-1738). On plaçait les aliénés sur la chaise et on les faisait tourner jusqu’à l’inconscience. Pour Darwin, la folie naîtrait de mouvements désordonnés des fibres nerveuses. Une rotation du corps pourrait corriger ce désordre. Pour Benjamin Rush, les maladies mentales seraient produites par une accumulation de sang dans le cerveau.
____La galvanothérapie : traitement thérapeutique par l’électricité. Doublet dit que l’électricité provoque des variations sur les états maniaques. En 1804, « Essai théorique et expérimental sur le galvanisme » par Aldini. Naissance de cette méthode.

________Première thérapeutique institutionnelle :

____Le traitement moral de Pinel (cf. spoiler Pinel).
____Les moyens de convention (camisole, manchettes, panier de force). Inspecteurs du service des aliénés (1874) : « Nous aimons beaucoup mieux laisser un aliéné se promener dans un préau avec la camisole ou les manchettes que de l’enfermer dans une celle fut-elle matelassée ». Esquirol a supprimé les paniers de force. Utilisation de cordes de contention en Allemagne.
____Travail et exercice physique : l’exercice physique était recommandé pour les monomaniaques et les hystériques. Le travail repose sur le triple principe pouvoir de distraction/vertus hygiéniques/utilité. Le travail était souvent une obligation pour tous, l’oisiveté serait propice au désordre des patients.
____Les voyages thérapeutiques, préconisés par Esquirol. Envoyer les malades (très aisés) en convalescence.
____Loisirs et éducation (très réglementé) : dessin, peinture, lecture, jeu de société (jeux de cartes pour la sociabilité, jeux d’échec ou de dames pour la concentration à se tenir debout, à changer souvent de place, à faire des efforts continuels pour viser juste et défendre les intérêts de leur partie), écoles d’instructions élémentaires, bistrot/buvette, théâtre (très controversé, condamné par Esquirol), bal des fous.

____17 juin 1802 : arrêté du ministre de l’intérieur qui réitère l’interdiction de « traiter » les fous à l’hôtel dieu (hôpital général). Les insensés doivent être munie d’un certificat d’indigence avant d’être admis à Bicêtre, salpêtrière ou Charenton (nécessité d’une autorisation médicale et administrative).
____Cette loi naît à paris et s’étend à la province, elle a trois objectifs :
- prévoir des lieux d’hospitalisation sous forme d’asile dans chaque département.
- fixer les modalités d’admission et de sortie, de façon à limiter tout arbitraire.
- protéger les biens des aliénés pendant leur internement.

____Loi de 1838 : réglementation du traitement et de l'hospitalisation des malades mentaux en France. On observe la création d’asile dans chaque département et mise en place de condition de placement. Cette loi est votée suite à un rapport d’Esquirol qui fait un mauvais bilan des établissements des aliénés. Cette loi restera en vigueur jusqu’à la loi du 27 juin 1990.
Elle régissait :
- des établissements d’aliénés (asiles), chaque département doit un établissement publics destiné à les recevoir
- les placements dans ces établissements : les placements volontaires (nécessite une demande d’admission avec le nom et les qualités de la personne faisant la demande et de celui pour qui d’admission est demandé, un certificat médical, et une pièce constatant l’individualité de la personne à placer) ; les placements ordonnés par l’autorité publique (l’état d’aliénation du sujet va compromettre l’ordre public ou la sécurité des personnes -> placement d’office sur ordre motivé du préfet).

____La construction de ces asiles s’est faite après une période de latence d’une quinzaine d’années. À partir de 1784, les budgets consacrés aux aliénés ne sont plus obligatoire : arrêt de la construction d’asile. On constate un encombrement des asiles (enfermement systématique) et un renoncement thérapeutique. Les asiles deviennent des instruments à fabriquer des incurables. Il y a alors un mouvement d’anti-psychiatrie.

Aujourd'hui:

____En réaction et avec le mouvement anti-psychiatrique, de nouvelles organisations de soins voient le jour. On parle de sectorisation. Ce dispositif est tenu par une équipe pluridisciplinaire de professionnels, coordonnée par un médecin psychiatre en chef de secteur, qui est formé de plusieurs lieux de soins diversifiés et articulées entre eux : lieux d’accueil, de consultation et de traitement (CMP) et lieux de soins institutionnels à temps partiel ou à temps plein.
____L’émergence de cette politique de soins s'affirme en 1960. Plusieurs principes fondent le modèle de sectorisation : lutte contre les ségrégations, respect des personnes, mettre en avant le soin plutôt que l'assistance, intervenir dans le social et sur le social pour réduire le rejet, promouvoir la prévention et la recherche.
____Chaque secteur est organisé autour d'un ou de plusieurs lieux de consultation médico-psychologique (CMP). Et chaque secteur développe ses autres outils de soins :
- hôpital de jour et centre d'action thérapeutique à temps partiel (CATTP).
- accueil familiale thérapeutique.
- unité de psychiatrie de liaison.
- hôpital de nuit, centre de crise.


____Organisations pratiques:

____J'entends par là, dans la vie, la vraie, comment ça se passe. Quels sont les outils et les personnes que votre éventuel personnage fou va rencontrer.

____La famille des psy- :

____Psychiatre, psychologue, psychanalyste et psychothérapeute ce n'est pas la même chose, c'est même très différent.
____Le psychiatre est un médecin, le milieu hospitalier est son domaine par définition. Il prescrit des médicaments et assure le suivi des traitements.
____Le psychologue ne réfléchit pas en terme de médecine mais en terme de fonctionnement psychique selon différentes approches : psychanalyse, intégrative, cognitiviste, neuroscientifique... Son statut est particulier, il ne suit pas le même code déontologique, le psychiatre n'est pas son supérieur hiérarchique. Il est présent pour apporter un éclairage humain et subjectif là où l'étiquette "maladie" porte atteinte à l'identité.

La preuve en image:


____Les théories et approches qui sous-tendent la psychopathologie :

____Il existe différents modèles de compréhension des symptômes en psychopathologie. Ces théories sont indispensables pour orienter et soutenir l'activité clinique et thérapeutique.
____Le compréhension du fonctionnement pathologique est complexe et dépend de facteurs hétérogènes qui interfèrent les uns avec les autres : facteurs somatiques, cérébraux, psychologiques, culturels, sociologiques... (multi-factoriel) Cette complexité implique la multiplication des approches théoriques.

Approche psychiatrique et psycho-pharmacologie:
____ Il s'agit du versant médical des troubles mentaux. On part donc du principe que les troubles mentaux ont pour origine (ou provoquent) d'un dysfonctionnement ou un dérèglement de physique et plus spécifiquement cérébral. Donc comme pour une maladie organique on va chercher à régler le soucis à ce niveau directement par le biais de médicaments psychotropes ou d'intervention dites "chirurgicales". Nous aborderons ces traitements directement en liens avec les troubles auxquels ils s'appliquent.
____Et bien sûr à côté de ce penchant médical et médicamenteux il existe un penchant psychologique. Les deux aspects sont complémentaires dans la prise en charge.

Approche psychanalytique (psycho-dynamique):
____La psychanalyse admet le fait qu'il existe une réalité psychique, différente de la réalité objective. Elle explique également les symptômes par la formation de compromis entre les désirs inconscients et les défenses du Moi lors de conflits psychiques. Les symptômes sont donc "lisibles", ils sont le signes et le moyen de substitution d'une pulsion qui n'a pas entièrement lieu.
____Mais tout symptôme n'est pas le fruit d'un conflit psychique : exemple dans l'autisme, la psychanalyse s'est bien lourdée.
____La psychanalyse n'est donc pas une approche destinée à tous les troubles. Elle a ses limites. Comme tout modèle théorique.


Approche behavioriste:
____Les comportements normaux et anormaux sont acquis selon les lois générales de l'apprentissage. Très efficace sur certains troubles en vu d'adapter la personne au trouble mais ne prend pas en compte l'origine étiologique. Basé sur les paradigmes du conditionnement classique (Pavlov) et du condtitionnement opérant (Skinner) : comportement lié à l'environnement, pas de cause internes au comportement, thérapie centrée sur les variable environnemental qui conditionnent le comportement.
____Le béhaviorisme social (Staats, années 60) avance que les troubles mentaux sont liés à des lacunes comportementales soit à des comportements incorrects.

Approche cognitiviste:
____Centrée sur les processus cognitifs liés aux troubles mentaux. Basé sur de fausse croyances, des cognitions erronées.
Cognition : ensemble de processus par lesquels une personne acquiert des informations sur elle-meême et son environement, les assimile pour régler son comportement.

____En fonction de ses différentes approches on a différentes thérapeutiques. En fonction du trouble il convient de trouver celle qui "va" le mieux.

Pour avoir une idée des différentes psychothérapies:



____Le DSM IV-TR : kékécé ?

____C'est le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l'APA. Il s'agit d'une classification internationale de référence, mais ce n'est pas la seule (en France on a la CIM-10).
____Le DSM III (1980) marque un changement. Il offre un système multiaxial. Chaque entité pathologique est définie par un ensemble de critères exprimés en termes de comportement (pour améliorer la fidélité inter-juges, approche descriptive et neutre). C'est un outil international de diagnostic, athéorique, basé sur des observations statistiques. Cela vaut ce que ça vaut. Actuellement on en est au DSM V mais pour cette fiche je me suis basée sur le DSM IV révisé parce qu'il a l'avantage de n'être pas un gros sujet de controverse et qu'il me permet d'offrir un panorama clair pour commencer vos recherches.

____Il a cinq axes dans le DSM-IV permettant une évaluation globale des troubles mentaux :
Axe 1 : les troubles mentaux
Axe 2 : les troubles de la personnalité et le retard mental
Axe 3 : les affections physiques
Axe 4 : le cadre psychosocial et l'environement
Axe 5 : le niveau de fonctionnement global
____La sommes de ces cinq axes permet le diagnostic.




Dernière édition par Carmilla K. le Mar 10 Nov 2015 - 0:08, édité 5 fois
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C. Kean
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Re: [Psychologie] Psychopathologie et troubles mentaux

Message  C. Kean le Mar 17 Mar 2015 - 10:01

bandehaute

LES TROUBLES HABITUELLEMENT DIAGNOSTIQUES PENDANT L'ENFANCE ET L'ADOLESCENCE



Il ne s'agit pas forcément de troubles spécifiques à l'enfance, mais dont les premières manifestations vont apparaître durant cette période de la vie.

____I - Trouble Déficit de l'Attention avec Hyperactivité (TDA/H) :

____A titre indicatif, 3,5% des enfants et adolescents en France avec une répartition de trois garçons pour une fille. Le TDA/H est un trouble relativement "jeune" et plutôt occidental, ce qui le rend ambigu quant à son étiologie.

________Symptômes, signes cliniques et diagnostic :

Le TDA/H se caractérise pas trois gros symptômes qui sont (roulement de tambours) :
  • le déficit d'attention : tant au niveau temporel qu'organisationnel : l'enfant ne prête pas attention aux détails, fait preuve d'étourderie ; il a du mal à soutenir son attention (à l'école comme dans les jeux) ; semble ne pas écouter quand on lui parle ; ne se conforme pas aux consignes ; ne mène pas à terme une activité commencée → retentissement sur l'apprentissage et risque élevé d'échec scolaire ; à du mal à s'organiser et va éviter ou faire à contre cœur les activités qui demande une attention intellectuelle soutenue ; tendance à perdre les objets ; forte distractabilité ; oublis fréquents au quotidien.
  • l'hyperactivité : l'enfant remue souvent les mains, les pieds, se tortille ; il a du mal à rester assis et se lève souvent même s'il n'est pas supposé le faire (instabilité motrice) ; il court, grimpe, se met en danger dans des situations inappropriées. Il a du mal à se tenir tranquille même dans les jeux ou les loisirs (ce n'est pas que scolaire) ; agit comme s'il était monté sur ressort et tend à parler beaucoup. L'enfant est décrit et vécu par ses proches comme fatigant. Chez les adolescents et les adultes, les symptômes d'hyperactivité prennent la forme d'un sentiment de nervosité et d'une difficulté à s'engager dans des activités calmes et sédentaires.
  • l'impulsivité : l'enfant a tendance à laisser échapper une réponse avant la fin de la question ; il a du mal à attendre son tour, impose sa présence, interrompt les autres, ne sait pas se contenir, peut devenir un risque pour lui-même et pour les autres.

____Pour poser le diagnostic selon le DSM-IV il faut six manifestations du symptôme hyperactif/impulsif ou six manifestations du déficit d'attention pendant une période d'au moins six mois à un degré inadapté au niveau de développement de l'enfant. Les symptômes doivent se manifester avant l'âge de sept ans et toucher au moins deux domaines de la vie de l'enfant (loisir, famille, sociale, scolaire...). Et bien sûr il doit y avoir une altération significative du fonctionnement scolaire, relationnel et familiale.
____On observe une majoration des symptômes dans les situations qui exigent un effort intellectuel soutenu, dans les situation monotones et non-structurées, en cas de fatigue.
____On observe une amélioration des symptômes lors de la relation à deux, dans une situation nouvelle ou bien structurée, lorsqu'une récompense est promise et s'il y a une valorisation fréquente des comportements appropriés (enfants très sensibles aux récompenses).

________Autres caractéristiques :

____Les caractéristiques associées varient selon l'âge et le stade de développement du sujet. On retrouve fréquemment une faible tolérance à la frustration, des accès de colère, de l'autoritarisme, de l'entêtement, une
insistance fréquente et excessive à ce que ses demandes soient satisfaites, une labilité de l'humeur, une démoralisation, une dysphorie, des réactions de rejet de la part des autres et de ce fait une faible estime de soi. Les performances scolaires sont souvent très mauvaises et dévalorisées de façon importante, ce qui amène en général des conflits avec la famille et les autorités scolaires. Les relations familiales sont souvent tendues, teintées de ressentiment et d'antagonisme (relation parent/enfant).
____ On remarque aussi assez souvent une dépression chez la mère des enfants avec TDA/H. D'ailleurs pour certains psychiatres et psychologues à versant plus psychanalytique, le TDA/H serait un "faux trouble" résultant de la lutte de l'enfant contre une dépression (la sienne, réactionnelle à celle de sa mère).


________Étiologie, comorbidité et évolution :

____Comme toujours, l'étiologie d'un trouble mental est incertaine et multifactorielle. Cela dit il existe plusieurs pistes qui se croisent et s’additionne. Pour le TDA/H on va trouver :
  • des facteurs génétiques : fréquence 5 fois plus élevée de cas dans une famille de sujets hyperactifs, concordance chez les jumeaux, implication possible du gène de la dopamine.
  • des facteurs neurobiologiques : dysfonctionnement dans les structures cérébrales qui jouent un rôle dans le contrôle de l'éveil, de la vigilance, de l'attention et de l'inhibition comportementale (système limbique, cortex pré-frontal).
  • des facteurs de risque : maltraitance et négligence précoce ; exposition au tabac, à l'alcool ou autres drogues ; exposition à des produits toxiques ; traumatisme cérébraux ; anoxie périnatales.
  • des facteurs de maintien : relation familiale perturbée (cercle vicieux car le TDAH de l'enfant va perturbé à son tour l'équilibre familial) ; rejet social, difficulté d'apprentissage ; mode de vie agité.

____En terme de comorbidité, on observe pour un cas sur deux des troubles associés tels le trouble des conduites (20 à 50%) et le trouble oppositionnel avec provocation (50 à 70%). Mais aussi avec des troubles spécifiques des apprentissages (dyslexie, dysgraphie...), des trouble de la communication (syndrome Gilles de la Tourette), des troubles anxieux, le trouble dépressif, des troubles envahissants du développement.
____Risques et complications liés au TDA/H : échec scolaire, comportement à risques, difficulté relationnelle, mauvaise estime de soi, anxiété, dépression.

A propos du trouble des conduites:

____Il se caractérise par un ensemble de conduites répétitives et persistantes dans lesquelles sont bafoués les droits fondamentaux d'autrui ou les normes et règles sociales correspondants à l'âge et au milieu du sujet. On classe ces conduites en quatre catégories :
  • agression : brutaliser, menacer et intimider autrui, commencer souvent les bagarres, utiliser une arme pour agresser autrui, faire preuve de cruauté physique envers autrui ou envers un animal, commettre un/des viols, voire, dans les cas les plus rares, un/des homicides.
  • destruction : mettre le feu délibérément dans le but de détruire le bien d'autrui, ou les détruire délibérément d'une autre manière.
  • vol ou fraude : mentir pour obtenir des biens ou des faveurs, entrer par effraction chez autrui, voler des objets de valeurs.
  • violation grave des règles établies : fugue et école buissonnière avant l'âge de 13 ans.

____Pour poser le diagnostic il faut au moins trois de ces critères durant les 12 derniers mois et au moins un durant les 6 derniers mois afin de témoigner de la récurrence du trouble. La sévérité du trouble dépend des conséquence qu'il va avoir ainsi que du nombre de manifestations qui seront présentent dans le tableau clinique.
____On note chez ces sujets un certain manque d'empathie pour autrui, et ils ont généralement des difficultés à interpréter les intentions des autres qu'ils vont juger à tord comme menaçantes et agressives. Ils peuvent n'éprouver ni remord ni culpabilité mais les feindre dans le but d'alléger une punition. Ils peuvent aussi rejeter la responsabilité sur autrui. Chez certain sujet on va trouvé une estime de soi démesurée. Parmi les caractéristiques associées on note l'intolérance à la frustration, les accès de colère, les mises en danger, une sexualité souvent précoce, la prise d'alcool, de tabac ou de drogue, et de nombreux accidents.
____Le trouble peut se manifester dès l'enfance (avant 14 ans) ou durant l'adolescence. En générale les symptômes et l'évolution vers une personnalité anti-sociale sont plus critiques si le trouble apparaît durant l'enfance. Le trouble des conduites peut aussi être diagnostiqué à l'âge adulte également mais seulement si le trouble de la personnalité anti-sociale a été éloigné en premier.
____On note qu'il touche plus les garçons que les filles, qu'il est en augmentation sur la dernière décennie (augmentation des diagnostics) et qu'il est principalement urbain.

A propos du trouble oppositionnel avec provocation:

____Le diagnostic n'est possible que si les comportements perturbateurs sont récurrents (au moins 6 mois) ; s'ils sont clairement excessifs par rapport à l'âge et au stade de développement de l'enfant et s'ils entraînent des répercussions négatives sur le fonctionnement social, scolaire, professionnel et adaptatif.
____Il y a deux composantes à ce trouble :
  • L'opposition : l'enfant fait preuve de résistance active aux exigences et aux limites imposées par la vie en groupe, refuse le compromis, refuse d'accepter la responsabilité de ses actes, crises de colère fréquentes et prolongées s'il se voit forcé d'obéir.
  • La provocation : l'enfant teste les limites, prend plaisir à provoquer, accepte mal d'être provoqué ou taquiné, manque de tolérance et de patience, se vexe facilement.

M'voilà.

____L'évolution du trouble dépend en grande partie de sa prise en charge et de la réussite de celle-ci. On observe dans 30% des cas une atténuation voire une disparition des symptômes lors de l'adolescence ou chez le jeune adulte, dans 40% une persistance des symptômes à l'âge adulte avec la survenue de difficultés professionnelles et relationnelles modérées, et dans 30% des cas une aggravation des symptômes avec la survenue de troubles tels que la toxicomanie, l'alcoolisme, personnalité antisociale et autres joyeusetés.

________Traitements et interventions :

____La prise en charge multimodale est assez efficace vu qu'elle permet l'amélioration d'environ 80% des cas d'enfants hyperactif qui en bénéficient. Elle doit associer des interventions psycho-éducatives, une psychothérapie (avec une guidance parentale), une ré-éducation, des aides pédagogiques spécifiques (présence d'une assistances de vie scolaire). Il est également de plus en plus en normal d'avoir recours à un traitement médicamenteux (Ritaline, ou autres dérivés) qui pausent cependant pas mal de soucis éthiques (est-ce que traiter des enfants à long terme avec un substitut de méthamphétamine c'est pas un peu fifou ? ~)


____II - Troubles Envahissants du Développement :

____Les troubles envahissants du développement (TED) regroupent : le trouble autistique, le syndrome d'Asperger, le trouble désintégratif de l'enfance, le syndrome de Rett et les TED non spécifiées (les trucs qu'on sait pas bien comment les classer). Le DSM-V les nomme : troubles du spectre autistique (TSA), mais on va en rester au DSM-IV pour bien différencier tout ça parce qu'il y a quand même de bonnes grosses différences entre TED. Et on va surtout parler de l'autisme et d'Asperger.


____A) Le trouble autistique :

____Pour la petite histoire, c'est Léo Kanner qui décrivit pour la première fois le trouble autistique en 1943. Il parle d'autisme infantile précoce qui se caractérise par isolement social, un besoin d'immuabilité, des comportements répétitifs, un langage atypique, et la présence de certains talents bien que développement soit plus ou moins retardé.
Néanmoins, par sa terminologie et par la présence d'un replis autistique dans la schizophrénie, l'autisme y est rattaché et est considéré comme une psychose infantile jusqu'en 1980. Dès le DSM-III (1981) on parle de pervasive developmental disorders, avec cette idée d'une dimension non plus psychotique mais développementale. La CIM abandonne aussi le terme de « psychose spécifiques de l'enfance et adhère à la notion de TED en 1993.

Une psychose, mais qu'est-ce que c'est que ce fruit exotique ?:

____C'est Von Feuchtersleben (1806-1849) qui introduit le premier le terme de psychose, qui désigne un trouble mental en général, c’est une maladie de l’âme.
____Dans l'usage actuel, la psychose désigne des troubles graves du comportement dont le patient n'a pas conscience. C’est un trouble grave de l’identité dans laquelle il y a une atteinte du rapport à la réalité.
____Or, ce n'est pas le cas dans les TED.

____Toujours pour alimenter votre culture générale sur le sujet, la reconnaissance et la prise en charge de l'autisme est un point qui a divisé et divise encore plusieurs écoles :
  • la psychanalyse (surtout voire uniquement en France) : totalement remise en question et pointée du doigt de toute part, mais en France on a encore certaines classifications (CFTMEA) qui partent du principe que l'autisme est une psychose infantile au sens psychanalytique, et que son origine se trouve dans une relation mère/enfant perturbée (mères trop froides). On comprend vite pourquoi cette approche de l'autisme est très fortement (et à raison) contestée. Elle est fausse, mais la vieille génération de psychiatres/psychologues français continue de s'engouffrer dedans.
  • la neuro-psychologie et la biologie : l'origine est d'ordre cérébrale (c'est prouvé aujourd'hui), voire génétique.
  • la psychopathologie développementale : l'origine est d'ordre cérébrale mais aussi environnementale.

____Nous verrons ensuite comment ces trois approches structures les prises en charge de l'autisme.

________Critères diagnostiques et signes cliniques :

____Altération dans les interactions sociales :
→ Incapacité à établir des relations avec les pairs.
→ Ne cherche pas spontanément à partager ses plaisirs, ses intérêts ou ses réussites avec d'autres personnes.
→ Manque de réciprocité sociale ou émotionnelle : à titre d'exemple il n'est pas rare qu'un enfant autiste se mette à rire s'il vous voit pleurer, ça passe souvent pour du sadisme, mais en fait ils ne reconnaissent simplement pas l'expression de l'émotion (les pleurs) et l'émotion elle-même (la tristesse). Pour eux vous êtes juste en train de faire un truc complétement ouf qui est de faire couler de l'eau avec vos yeux.
→ Anomalie concernant les comportements non-verbaux qui permettent d'entrer en contact avec les autres :
  • Regard : contact oculaire absent, regard périphérique ou qui semble traverser l'interlocuteur.
  • Mimiques faciales : pauvres ou exagérées et peu adaptées au contexte.
  • Expression gestuelle : appauvrie, inapproprié (tourner le dos à un interlocuteur) et rarement employée dans un but social de partage d'intérêt ou de demande d'aide.

____Altération de la communication :
→ Retard ou absence totale de développement du langage parlé (sans tentative de compensation par d'autres modes de communication comme la gestuelle et les mimiques) dans 50% des cas.
→ Chez ceux qui maîtrisent suffisamment le langage, incapacité marquée à engager ou à soutenir une conversation avec autrui.
→ Usage stéréotypé et répétitif du langage, ou langage idiosyncrasique.
→ Le langage n'est pas bien compris et plus particulièrement le langage abstrait.
→ Le langage comporte des anomalies :
  • Écholalie immédiate ou différée.
  • Vocabulaire pédant et précieux, langage rigide (les abréviations ne sont pas tolérées, ni pour soi-même ni pour l'interlocuteur).
  • Utilisation idiosyncrasique du langage : le langage est utilisé de façon inhabituel et spécifique à la personne, donc difficile à comprendre si on ne la connait pas.
  • Anomalies de la prosodie (rythme, intonation, volume).

____Intérêts et comportements restreints et stéréotypés :
→ Retient toute son attention pour un objet ou un type d'objets utilisé le plus souvent dans des activités répétitives :
____Exemple : fait tourner les objets ronds.
→ Les activités répétitives et stéréotypées touchent aussi le corps :
____Balancements, postures anormales, mouvements des mains devant les yeux et battement des bras sur le côté.
→ Les changements sont mal vécus et les activités routinières sont appréciées :
____Emprunte toujours le même itinéraire, range ou aligne les objets toujours de la même façon.

____Le retard ou le caractère anormal du fonctionnement doit être manifeste avant l'âge de trois ans (en général ça se voit dès les premiers mois de la vie de l'enfant), mais on ne peut pas poser de diagnostique avant cet âge là. Donc avant trois ans on parle d'enfants à risque.
____Les signes précoces de l'autisme vont être des intérêts détournés et monotones, un défaut de contact oculaire, une impression de surdité, des cris inhabituels, un enfant qui n'aime pas être touché, qui ne tente pas de communiquer, qui reste trop passif ou au contraire trop tendu...

________Caractéristiques et troubles associés :

____Dans la plupart des cas on va retrouver un retard mental associé (de léger à profond). On peut aussi retrouver de l'hyperactivité, des comportements agressifs et auto-mutilatoires (se cogner, se mordre). On observe souvent également des particularités sensoriels : seuil de tolérance à la douleur élevé, hypersensibilité au bruit, au toucher, aux odeurs ou à la lumière, fascination pour certains stimulus. Des anomalies des conduites alimentaires (Pica : manger des choses non comestibles comme de la terre par exemple), des troubles du sommeil (insomnie silencieuse), des perturbations de l'humeur (crises de rire sans motif, absence de réactions émotionnelles). Durant l'adolescence et l'âge adulte on va avoir des tendances dépressives lorsqu'ils réalisent la gravité de leur handicap. Car une personne autiste, la plupart du temps, à conscience qu'elle l'est.
____Parmi les caractéristiques, il est important de souligner qu'il y a autant d'autisme que d'autistes. C'est à dire que chacun apporte ses particularités et les tableaux cliniques sont très larges et variés d'un individu à l'autre ainsi qu'au niveau des gestes stéréotypés (jette les objets, se touche des oreilles, regarde toujours au plafond), de la façon de s'exprimer, des centres d'intérêts (les trains, les dessins animés, nager, les plaques d’égouts, les boites d'allumettes...).

Le cerveau d'Hugo:

Très intéressant et complet (surtout sur l'histoire de l'autisme en France, qui est un cas très particulier négativement). Visionnage hautement recommandé !


________Étiologie, comorbidité et interventions :

____En terme de comorbidité, l'autisme est assez lourdement servi :
- Maladie génétique connue dans 15% des cas d'autisme : autisme syndromique, syndrome de l'X fragile, sclérose tubéreuse de Bourneville, syndrome de Rett, trisomie 21, syndrome de Prader-Willi.
- Épilepsie : beaucoup d'enfants autistes présentent des troubles neurologique associés : epilepsie clinique (pas de foyer épileptique dans le cerveau), EEG pathologique (30%), antécédents familiaux d'épilepsie (35%).

____Encore une fois l'étiologie peut-être multi-factorielle. Les théories d'une étiologie psychogènes tendent à être abandonnées au profit des théories génétiques, biochimiques, neurophsyco-physiologiques et cognitives et développementales.

____A l'heure actuelle, l'autisme ne se guérit pas et les interventions et accompagnements mis en place visent à aider à une plus grande autonomie de la personne. Les prises en charges doivent être précoces et complémentaire : thérapie comportementale et développementale, programme TEACCH, méthode ABA, PECS, thérapies intégratives, zoothérapie, thérapies et rééducations (orthophonie, psychomotrice, psychothérapique), traitement médicamenteux, intervention auprès des parents, intégration scolaire, accompagnement médico-social.
____Depuis moins d'une dizaine d'année l'autisme est reconnu comme un handicap et le métier spécifique d'accompagnant de personnes avec autisme se développe.

Recommandations de la Haute Autorité de Santé en 2012:


____B) Le syndrome d'Asperger :

____Hans Asperger en 1944 décrit pour la première fois ce syndrome, d'abord nommée psychopathie autistique, par des perturbations du contact (empathie et anticipation limitées), des difficultés de communication et d'adaptation sociale, des exploits intellectuels bien qu'il y ait des capacités lacunaires. Contrairement à ceux décrits par Kanner, les quatre cas d'enfants décrits pas Asperger développent une intelligence et un langage normal.

________Critères diagnostiques et signes cliniques :

____Altération qualitative des interactions sociales.
→ Manque de compétences sociales et capacité limitée à établir une conversation réciproques.
____Comportements, intérêts et activités restreintes, répétitifs et stéréotypés.
→ Un intérêts intense pour un domaine particulier.
____Altération significative du fonctionnement social, professionnel ou dans d'autres domaines importants.
____Pas de retard général significatif du langage (mais souvent un langage marqué de particularité prosodiques ou par sa rigueur, sa préciosité et par des difficultés de pragmatiques (difficulté à comprendre les expressions ou l’humour, tout est très figuratif)).
____Pas de retard du développement cognitif et du comportement adaptatif (sauf pour les interactions sociales).
____Ne répond pas aux critères d'un autre TED ni à ceux d'une schizophrénie.


____Cela dit ces critères diagnostiques sont problématiques car ils ne rendent compte que d'une description superficielle du trouble.
____Concernant l'aptitude à l'autonomie par exemple, d'après le DSM il n'y a pas de retard dans le comportement adaptatif. Or certains parents décrivent le contraire concernant l'autonomie et la vie de tous les jours (hygiène personnelle, tenue vestimentaire, dextérité, gestion du temps). Mais aussi des difficultés dans la gestion de la colère et de l'anxiété.
____Certaines caractéristiques importantes ne sont pas présentes dans les critères proposés par le DSM. Il n'y a aucune description sur le caractère inhabituel du langage fut-il maîtrisé (pédant avec une prosodie inhabituelle), aucune référence aux problèmes de perception sensorielle et d'intégration des données sensorielles (sensibilité auditives, à l'intensité de la lumière, au toucher...) et aucune référence non plus à la maladresse motrice.
____Et au contraire, d'autres caractéristiques plus rares ou transitoires sont mises en avant comme les stéréotypies de type battement des mains et mouvement complexe du corps alors que certains enfant d'en présentent jamais ou qu'elles disparaissent avant l'adolescence.

Les critères de Gillberg (1991):

____1) Déficiences sociales (au moins deux des critères suivants) :
→ Difficultés à interagir avec les autres.
→ Indifférence au contacts avec les autres.
→ Difficultés à interpréter les indices sociaux.
→ Comportement socialement et émotionnellement inapproprié.
____2) Intérêts restreints (au moins un) :
→ Absence d'autres activités.
→ S'en tient aux répétitions.
→ Plus de par cœur que de compréhension du sens.
____3) Besoin compulsifs de mettre en place des routines et des intérêts (au moins 1) :
→ Qui affectent chaque aspect de la vie quotidienne de la personne.
→ Qui affectent les autres.
____4) Particularité de la parole et du langage (au moins trois) :
→ Retard d'acquisition du langage.
→ Langage superficiellement parfait.
→ Langage formel et pédant.
→ Prosodie bizarre, caractéristiques particulières de la voix.
→ Déficience de compréhension incluant des interprétations erronées de significations littérales ou implicites.
____5) Problèmes de communication non-verbale (au moins 1) :
→ Usage limité des gestes.
→ Langage corporel maladroit ou gauche.
→ Expression faciale limitée.
→ Expression faciale inappropriée.
→ Regard particulier, fixe.
____6) Motricité maladroite : mauvaise performance aux tests de développement moteur.

____Les grandes différences avec l'autisme sont donc la maîtrise du langage et l'absence de retard mental, développemental et comportemental. Le syndrome d'Asperger a un autre aspect assez fascinant qui est la présence de facultés intellectuelles hors du commun, souvent dans un domaine particulier. Certains peuvent avoir acquis très tôt et tout seul la capacité à lire, écrire et compter (sont généralement attentifs aux détails, très bonne mémoire, facilités d'apprentissage).
____Parfois décrit comme un autisme de haut niveau, appellation syndrome d'Asperger a disparue du DSM-V au profit de la conception d'un spectre autistique.

________Caractéristiques, troubles associés et évolution :

____On peut remarquer des problèmes au niveau de la capacité à s'organiser, facilement distraits en classe. Ils n'apprennent pas de leurs erreurs. Le profil de réussite scolaire très hétérogène avec des domaines d'excellence et d'autres en échec. Des maladresses motrices peuvent être observée. Il est fréquent de trouver un TDAH également, d'ailleurs il arrive que le TDAH soit diagnostiqué avant le syndrome d'Asperger.

____Le trouble d'Asperger est un trouble permanent qui dure toute la vie. Souvent chez les enfants, les bonnes compétences verbales peuvent masquer l'importance de altération sociale. L'intérêt pour établir
des relations sociales peut s'accroître à l'adolescence à mesure que les individus apprennent quelques façons de réagir à leurs difficultés en s'adaptant mieux — par exemple, l'individu peut apprendre à employer des règles verbales explicites ou des séries de comportements appris dans certaines situations stressantes. Ou pour comprendre des situations sociales comme Temple Gardin qui avait finit par se figurer les disputes entre deux personnes comme un échange commercial).
____Pas mal d'individu, en développant des stratégies pour combler leurs difficultés, sont finalement totalement autonomes et capables de s'adapter assez parfaitement à la vie professionnelle.

La comédie de la normalité :


Voici un témoignage assez intéressant qui propose l'envers du miroir et dédramatise l'autisme (enfin surtout le syndrome d'Asperger ici qu'il ne différencie pas et ce qui est dommage parce que ce ne sont pas les mêmes problèmes, mais bon).

____C) Les autres TED :

Syndrome de Rett:

Concerne surtout les petites filles (gènes identifié) qui se développent normalement jusqu'à 12/18 mois et ensuite entrent dans une vraie régression (perte des acquis moteurs, langagiers...).
Troubles neurologiques très importants (épilepsie).

Troubles désintégratifs de l'enfance:

Après un développement normal et une acquisition du langage, l'enfant va entrer dans une régression autistique (au alentour de 18/24 mois)
S'accompagne souvent d'une épilepsie sévère.


____III - Autres troubles diagnostiqués ou liés à l'enfance :

Le retard mental:
:/!\: en cours de rédaction

Les troubles du langage:
:/!\: en cours de rédaction

Les troubles moteurs:
:/!\: en cours de rédaction

Troubles du sommeil, troubles alimentaires et distorsion du lien chez le jeune enfant:
:/!\: en cours de rédaction

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C. Kean
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Re: [Psychologie] Psychopathologie et troubles mentaux

Message  C. Kean le Jeu 29 Oct 2015 - 19:13

bandehaute

SCHIZOPHRÉNIE ET AUTRES TROUBLES PSYCHOTIQUES



____I - La Schizophrénie :

Ce qu'on ne veut plus entendre:

____Avant toute chose nous allons briser un mythe : la schizophrénie ce n'est pas avoir deux personnalités ou plus en compétition dans sa tête. Cette confusion vient du double usage du terme "dissociation" et de son implication dans l'élaboration de deux tableaux cliniques complètement différents : la schizophrénie d'une part, et de l'autre le trouble dissociatif de la personnalité (ou personnalité multiple).
____Maintenant que justice est faite, voyons ce qu'est exactement la schizophrénie.



Un court-métrage:

____Historiquement, la schizophrénie existe depuis toujours (on y trouve des allusions dans les civilisations grecque et romaine), mais elle n'était pas décrite comme une folie particulière. Sans doute était-elle le "prototype" de l'idée de folie.
____C'est n'est qu'en 1898 qu'Emil Kraepelin lui donne une première dénomination dans son Traité de psychiatrie : démence précoce (démence pour l'aspect dégénératif et précoce en opposition à la démence sénile). Il la décrit comme consistant en des états morbides qui se caractérisent par une atteinte marquée de la vie affective et de la volonté et une évolution progressive vers une désagrégation complète de la personnalité qui va prendre un aspect de plus en plus déficitaire (affaiblissement de la mémoire, de l’attention, de l’orientation temporo-spatiale). Les signes principaux sont des atteintes affectives, une indifférence, des troubles du cours de la pensée et une altération de l’unité intérieure du sujet. Il en distingue trois formes sur lesquelles nous reviendrons en détail : hébéphrénique, catatonique et paranoïde.
____En 1911, Eugène Bleuler (successeur des travaux de Kraepelin) introduit le terme de schizophrénie. S'il reconnait la classification des formes de son prédécesseur, pour lui la démence précoce n’est pas une démence, elle ne conduit pas forcément à une évolution déficitaire et n’est pas précoce. Il utilise donc la dénomination "schizophrénie" (schizo : scinder ; phrénie : l'esprit) pour rendre compte du phénomène principal : la dissociation des diverses fonctions psychiques. La dissociation se fait entre différentes fonctions psychiques qui sont : la volonté, l’intelligence, les capacités de raisonnement et l’affectivité. Sommairement, la schizophrénie se caractérise par des discordances ou des distorsions majeures de la perception, de la pensée, de l'affect et du comportement moteur, ainsi que par une altération qualitative du comportement antérieur et un fonctionnement adaptatif limité et des relations sociales.

____Symptômes, signes cliniques et diagnostic :

A/ Symptômes caractéristiques :
____Le socle commun de la schizophrénie compose de symptômes caractéristiques qui peuvent être positifs ou négatifs*. Les termes Le diagnostique demande la présence de deux ou plus de ces symptômes sur une période d'au moins un mois.
  • idées délirantes : ce sont des croyances erronées qui impliquent généralement une interprétation de perceptions ou d'expériences. Leur contenu peut inclure des thèmes variés : de persécution, de référence, de filiation, somatiques, religieux, mégalomaniaques (nous aurons l'occasion de les détailler dans la partie consacrées aux délires). Il est parfois difficile de faire la distinction entre une idée délirante et une idée affirmée avec force, elle dépend en partie du degré d'adhésion du sujet à cette idée en dépit de preuves contraires évidentes à propos de sa véracité. Ces idées délirantes peuvent être dites qualifiées de "bizarres" si elles sortent clairement du champs du vraisemblable et du compréhensible (croyance qu'un étranger vol nous vole nos pensées, ou nos organes...)
  • hallucinations : elles peuvent concerner toutes les modalités sensorielles (auditives, visuelles, olfactives, gustatives et tactiles), mais les hallucinations auditives sont de loin les plus courantes. Les hallucinations auditives sont éprouvées généralement comme des voix familières ou étrangères, et sont perçues comme distinctes des propres pensées du sujet. Certains types d'hallucinations auditives (c.-a-d. deux ou plusieurs voix parlant entre elles ou des voix qui commentent les pensées ou le comportement de la personne) ont été considérées comme particulièrement caractéristiques de la Schizophrénie. On trouve aussi des hallucinations dites cénesthésiques (les pires à mon humble avis) qui concerne l'intérieur du corps (sensation de métamorphose, de déformation, de pourriture des organes, de pousse de poils à l'intérieur...).
    Les hallucinations doivent survenir dans le contexte d'une conscience claire : celles qui apparaissent pendant l'endormissement (hypnagogiques) ou au réveil (hypnopompiques) sont considérées comme faisant partie de la gamme des expériences normales. Des expériences isolées comme s'entendre appeler par son nom ou des expériences qui n'ont pas la qualité d'une perception externe (ex., un bourdonnement dans la tête) ne sont pas non plus considérées comme symptomatiques de la schizophrénie. Des hallucinations peuvent également faire partie d'une expérience religieuse normale dans certains contextes culturels.
  • discours désorganisé : il est le résultat de la désorganisation de la pensée qui en soit était difficilement décelable. Le discours peut-être désorganisé de différente façon : passage du coq-à-l'âne (changement de sujet brutal), barrage (interruption soudaine du cours de la pensée qui se manifeste par une interruption du discours ou des gestes), néologisme, salade de mot (discours incohérent et incompréhensible allant jusqu'à la schizophasie = langage totalement dépourvu de cohérence syntaxique et sémantique), écholalie/échophrasie.
  • comportement grossièrement désorganisé ou catatonique : le comportement grossièrement désorganisé peut se manifester de diverses manières, allant de la niaiserie puérile à une agitation imprévisible. Des problèmes peuvent être notés dans toute forme de comportement dirigé vers un but, conduisant à des difficultés à réaliser les activités de la vie quotidienne. La personne peut apparaître nettement débraillée, peut s'habiller de façon spéciale (porter plusieurs manteaux, une écharpe et des gants par une journée chaude) ou se livrer à un comportement sexuel nettement inapproprié (masturbation en public) ou manifester une agitation imprévisible et sans raison (vociférer, frapper ou pousser des jurons).
    Le comportement moteur catatonique inclut une réactivité à l'environnement très diminuée, atteignant parfois un degré extrême où le sujet ne se rend pas du tout compte de ce qui l'environne (stupeur catatonique), le maintien d'une posture rigide et résistant aux efforts de mobilisation (rigidité catatonique), une résistance active aux incitations ou aux tentatives de mobilisation (négativisme catatonique), l'adoption de positions inappropriées et bizarres (position catatonique), ou une activité motrice excessive absurde et non déclenchée par des stimulus externes (agitation catatonique).
  • symptômes négatifs : émoussement affective, alogie, avolution.
    L'émoussement affectif est particulièrement courant et se caractérise par le fait que le visage du sujet apparaît immobile et impassible, avec peu de contacts oculaires et une réduction du langage corporel.
    L'alogie (pauvreté du discours) se manifeste par des réponses brèves, laconiques, vides. Le sujet présentant une alogie semble avoir une diminution des pensées se reflétant dans une diminution de la fluence et de la productivité du discours.
    L'avolution, ou la perte de volonté, est caractérisée par une incapacité à initier et à persévérer dans des activités dirigées vers un but. Le sujet peut rester assis, pendant de longues périodes de temps, à ne strictement rien faire.
    Ces symptômes négatifs ont conduit les premiers aliéniste à parler d'un syndrome autistique dans la schizophrénie. On sait aujourd'hui qu'il n'y a pas de rapport entre ces deux pathologies.

* symptôme positifs / négatifs:
Un symptôme positif n'est un gentil symptôme du fun. Le terme vient caractériser une manifestation en plus, qui ne devrait pas être là dans le fonctionnement normal. Par exemple, la situation normale est l'absence d'hallucination. Si elles sont présentes dans le tableau clinique, elles sont en plus donc ce sont un symptôme positif.
Un symptôme négatif c'est exacte inverse : ce sont des manifestations qui font défauts par rapport au fonctionnement normal.

B/ Dysfonctionnement social / des activités : Pendant une partie significative du temps depuis la survenue de la perturbation, un ou plusieurs domaines majeurs du fonctionnement tels que le travail, les relations interpersonnelles, ou les soins personnels sont nettement inférieurs au niveau atteint avant la survenue de la perturbation. On note pour illustrer cela des comportements d'ambivalence (manifestation affective ou comportementale à l’égard d’autrui ou de soi-même qui expriment en même temps des attitudes contradictoires) ou l'apragmatisme (l’incapacité d’origine psychique à maintenir une activité et un comportement bien adapté aux besoins et aux conditions de vie).

C/ Des signes de perturbation persiste depuis au moins 6 mois.

D/ Exclusion des troubles affectifs et de l'humeur ; d'une affection médicale ou due à un substance ; de relation avec un trouble du développement.



____Différents types de schizophrénie :

____Les sous-types de la Schizophrénie sont définis par la symptomatologie prédominante au moment de l'évaluation. On compte le type :
  • Paranoïde : il se caractérise par la prédominance des idées délirantes et des hallucinations, avec un maintient relatif des fonctions cognitives et affectives. Les symptômes de désorganisation peuvent parfaitement exister, mais ils ne sont pas au premier plan. Les idées délirantes peuvent être multiples mais vont s'organiser autour d'un thème central cohérent (mais pas vraisemblable) et les hallucinations vont graviter en lien avec ce thème. Parmi les caractéristiques associées on peut citer la colère, l'anxiété, une attitude distante voire hautaine et querelleuse. Le risque suicidaire et le risque de violence sont plus élevés du fait de l'adhésion forte à des délires de persécutions. Cependant, de tous les sous-types de schizophrénie, c'est celui dont le pronostique est le plus favorable (nous verrons pourquoi dans la partie dévolue aux traitements).
  • Désorganisée (=hébéphrénique) : c'est la désorganisation de la pensée et du discours qui est au centre du tableau clinique. Les idées délirantes peuvent être présentent mais son fragmentaire. La désorganisation comportementale (c.-à-d., la perte des comportements dirigés vers un but) peut conduire à de sévères perturbations des aptitudes à réaliser les activités de la vie quotidienne (prendre une douche, s'habiller, ou préparer un repas). Les caractéristiques associées incluent des grimaces, des maniérismes, et d'autres bizarreries du comportement. On peut noter une altération des performances à des tests neuropsychologiques et cognitifs variés.
  • Catatonique : c'est la perturbation psychomotrice qui est prédominante, allant de l'immobilité motrice, à l'agitation excessive, en passant par le négativisme, l'echopraxie... Les caractéristiques additionnelles incluent : des stéréotypies, des maniérismes, et une obéissance automatique ou une imitation automatique. Dans la stupeur ou l'excitation catatonique sévère, le sujet doit souvent être surveillé de près pour éviter qu'il ne se fasse du mal ou n'en fasse aux autres. Il y a des risques potentiels de malnutrition, d'épuisement, d'hyperthermie ou de blessures auto-infligées.

____On parle aussi du type indifférencié (un savant mélange des trois) et du type résiduel (en cas d'antécédents d'épisodes schizophréniques et devant un tableau clinique incomplet).



____Autres caractéristiques :

____Le sujet atteint de schizophrénie peut présenter des affects inappropriés (sourire sans raison, rire en racontant le décès d'un proche...) qui est caractéristique du phénomène de discordance (dissociation qui atteint les fonctions psychiques des affects, de la pensée, du langage, du comportement), une humeur dysphorique, des troubles du sommeil, une perte d'intérêt pour l'alimentation (ou une alimentation anormale du fait d'idées délirantes). On retrouve souvent des anomalies motrice également : "faire les cent pas", stéréotypie, apathie, maniérisme, comportement ritualisé, grimaces...). Les difficultés de concentration et de mémoire sont généralement clairement apparentent.
____Les expériences de dépersonnalisation et de déréalisation sont très fréquentes et s'accompagnent de phobies et de préoccupations somatiques atteignant une importance délirante.
____Leur espérance de vie se trouve souvent amoindrit par la maladie. C'est souvent la cause directe d'un suicide (10% des schizophrènes se suicident et entre 20% et 40% tentent de mettre fin à leurs jours). Mais la schizophrénie augmente aussi le risque de dépendance sévère au tabac ou à d'autres substances. Les comportements violents sont généralement favoriser par ces dépendances, mais ils restent relativement rares et se présente chez des personnes ayant déjà des antécédents de violence.
____La majorité des personnes atteintes de schizophrénie n'en ont pas conscience. Tout une partie du traitement repose donc sur la prise de conscience et le maintient de celle-ci.



____Étiologie, commorbidité et évolution :

Les pistes étiologiques sont nombreuses et variées :
  • Hypothèses génétiques :
    -> Etudes sur les jumeaux (taux de concordance sont 2 à 3 fois plus élevés chez les MZ).
    -> La probabilité de développer une schizophrénie augmente en fonction du nombre de membres atteints dans la famille.
  • Hypothèses neurobiologiques :
    -> Encéphalographie plus souvent anormale (volume cérébrale plus restreint, diminution de la matière grise).
    -> La dopamine est souvent mis en cause (perturbation des neurotransmetteurs et neurorécepteurs dopaminergiques).
  • Hypothèses neurophysiologiques :
    -> Difficulté dans le traitement de l'information.
  • Facteurs liés au développement durant la grossesses :
    -> Complications pendant la grossesse ou au moment de la naissance sont plus fréquentes chez les adultes schizophrènes.
  • Facteur familiaux :
    -> Hypothèse sur la nature de la communication au sein de la famille (injonction paradoxale).


Parmi les troubles généralement associés on trouve :
  • Des affections médicales :
    -> Certains enfants souffrent d'épilepsie.
    -> Exclure la présence d'intoxication ou d'infection grave, de tumeur, de trouble du système nerveux, de touble hormonal, de toxicomanie...
  • Un retard mental dans 10 à 20% des cas.
  • Troubles qui précèdent l'apparition des symptômes de la maladie : retard dans l'acquisition du langage, difficultés attentionnelles, en mémoire, troubles des fonction exécutives.
  • Troubles psychopathologies : TDA/H, trouble des conduites, trouble de l'humeur, trouble du contrôle sphinctérien (énurésie, encoprésie), idée suicidaires ou tentatives de suicide.
  • Abus de drogues, addiction.


____Pour ce qui est de l'évolution de la maladie, commençons par parler un peu de son apparition. Elle est progressive dans 60 à 80% des cas, et débute par une perturbation du mode de pensée et du discours puis culmine avec les symptômes positifs. Notamment quand le trouble apparaît à l'adolescence. Apparition plus souvent insidieuse chez les garçons. Mais il existe aussi de violentes décompensations.
____Une phase prodromique précède l'épisode "actif" : retard social prononcé, préoccupations insolites, déclin scolaire, avolition dans différents domaines.
____La phase active est marquée par les symptômes positifs et une détérioration du fonctionnement cognitif et social. C'est généralement à ce moment là qu'il va y avoir hospitalisation et que le diagnostic est posé ou confirmé.
____Durant la phase de récupération ou de stabilisation les symptômes positifs sont absents ou diminuent alors que les autres symptômes continuent d'entraver le fonctionnement adaptatif et social.

____Le trouble est généralement cyclique. Alternance de phases actives et de phases de récupération. Les phases actives sont plus courtes. Après plusieurs années, les symptômes peuvent s'améliorer (phase actives plus rare) et conduire à un type résiduel du trouble sous l'effet de traitements médicamenteux et grâce à la mise en place de prises en charge adaptées.
____Cela dit on ne sait pas guérir la schizophrénie. Le traitement médicamenteux ne fait que traire les symptômes.
____Le pronostic est plus grave lorsque le trouble débute dans l'enfance (schizophrénie infantile), lorsque le QI est faible, lorsque le trouble s'installe de façon insidieuse et lorsque les symptômes négatifs dominent le tableau clinique.


____Traitements et interventions d'hier et d'aujourd'hui :

____C'est en 1952 qu'est découvert le premier neuroleptique (et donc le tout premier médicament pouvant améliorer les états psychotiques). Sa découverte va totalement modifier le regard porté sur les maladies mentales (une révolution en psychiatrie) et sur la prise en charge de ces malades.
____Avant cette date, les sujets psychotiques étaient considérés comme incurables, donc entourés d'un sentiment de fatalité. Et vu que c'était des patients agités, il fallait les mettre à l'écart, ce qui donnait lieu à des internements à vie dans des asiles. La prise en charge visait surtout à atténuer leur agitation via des méthodes de chocs. Ces méthodes montraient quand même une volonté de faire quelque chose.
  • La malariathérapie : induction de la maladie qui provoquait des fièvres brutales et violentes qui plongeaient le patient dans un état comateux. On espérait qu'à son réveil, le traumatisme thermique permettrait un réaménagement cérébral.
  • L'insulinothétapie: on injectait de l'insuline pour plonger le patient dans le coma pendant quelques jours. On notait quelques améliorations mais rien de concluant concrètement.
  • Les éléctrochocs : consistent à poser des électrodes sur le crâne et à délivrer un courant. Ça excite la masse cérébrale et provoque une sorte de crise d'épilepsie artificielle. Ça entraîne une libération massive de neurotransmetteurs qui peuvent entraîner secondairement des remaniements entre les communications neuronales. Cette technique est toujours appliquée, mais on parle de convulsivothérapie ou de sismothérapie et elles sont appliquées avec beaucoup plus de confort (anesthésie de quelques minutes, on évite les convulsion ce qui enlève la douleur des courbatures après coup) mais plus du tout dans le cadre de la schizophrénie (cette méthode est particulièrement efficace sur certaine maladie comme les dépressions grave, vraiment sévère, effets visibles et durable).

____L'apparition de ce premier neuroleptique arrive donc dans des instituts où ces patients sont considérés comme incurables et subissent des thérapies vraiment sympas et conviviales ~ Avec ce médicament efficace, certains patients ont pu quitter leur internement, retrouver leur liberté. Et en voyant que cette molécule était capable de changer les troubles mentaux, les psychiatres sont arrivées au constat que les maladies mentales étaient des maladies comme les autres et qu'il était possible de les guérir. Du coup, on commence à chercher des médicaments capables de soigner ces maladies. C'est le lancement de la psychopharmacologie, le point de départ d'une recherche active.

____Aujourd'hui le traitement de référence en matière de schizophrénie reste donc les neuroleptiques. Ce sont des médicaments qui ont pour particularité d'être capables de réduire l'intensité et la durée des états psychotiques. Ce sont des traitements au long cours qui ne soignent pas la maladie mais font disparaître certaine symptômes et qui sont lourds d'effets secondaires. On distingue deux grandes familles de neuroleptiques :
  • classiques (incisifs) : les plus nombreux sur le marché et les premiers a avoir été développés. Ils agissent principalement sur les symptômes positif, mais peu efficaces sur les symptômes négatif. Ils permettent de réduire progressivement mais assez rapidement (trois semaines) à la fois les hallucinations et les délires. Les symptômes disparaissent et la personne redevient cohérente mais ce n'est pas curatif, c'est un traitement au long cours, souvent à vie. Il n'existe pas de traitement qui guérisse, ce ne sont que des traitements suspensifs.
  • atypiques : se développe depuis les deux dernières décennies, il en existe très peu. Le chef de file c'est la Closapine, le Risperdal... Leur particularité clinique c'est qu'ils marchent aussi sur les symptômes positifs, ils ne provoquent pas de troubles moteurs associés, ils agissent également sur le versant déficitaire de la maladie (performance, motivation...). Mais d'autres complications : problème cardiaque, chute du système immunitaire, d'autant plus que ce sont de longs traitements.

____La plupart des neuroleptique existent sous forme de cachet (forme courte d'action à venir prendre tous jours/deux jours) et développé sous une forme retard (neuroleptique à action prolongée) administrée par injection intre-musculaire (action longue, une à deux semaines). C'est un traitement ambulatoire, plus confortable.

Effets secondaires :
  • Deux troubles moteurs extrêmement fréquents avec les neuroleptiques classiques) :
    * le syndrome parkinsonien : akinésie (visage figé), hypertonie (sorte de paralysie, difficulté de mouvement volontaire), tremblement. Du coup on prescrit des anti-parkisoniens.
    * les dyskinésies aiguës (dans les premiers jours du traitement, disparaissent quand on gère la dise) ou tardives (là ça craint, après plusieurs mois de traitement, signaler tout de suite, sinon ça devient définitif) : apparition de mouvements anormaux, stéréotypés, irrépressibles, souvent sur la tête mais peuvent affecter l'ensemble du corps, tics moteurs.
  • Des effets végétatifs : sécheresse de la bouche, troubles digestifs, troubles cardiovasculaires.
  • Des effets métaboliques et endocriniens : prise de poids (assez forte, perte de poids massive si arrêt du traitement) ; trouble du cycle menstruel, baisse de la libido ; trouble de la régulation thermique : syndrome malin (apparition brutal d'une très forte fièvre et rigidité musculaire).
  • Des effets psychiques : état dépressif (surtout avec les classiques) dans les premiers mois, première année du traitement (les neuroleptiques classiques accentueraient le versant déficitaire).


Pour finir :

Le témoignage d'Elyn Saks:

On récapépète avec le Psylab:

Un doc plutôt cool:


____II - Classification et organisation des troubles délirants :

À venir...


____III - Trouble psychothique partagé :

À venir...



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